Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/445

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Ces dernières lignes sont particulièrement sévères et l’on y voudrait peut-être plus de nuances. Car voici une institution qui n’est pas très vieille sans doute et qui, en face du débitant pervertisseur et exploiteur, affirme hautement et prouve jusqu’à un certain point sa vertu de relèvement social : l’Œuvre de la côte bretonne, l’œuvre des Abris du Marin, comme on dit plus familièrement, a été fondée en 1899. Qu’est-ce que l’Abri ? — L’Abri, c’est l’auberge en mieux et sans l’alcool.

Il y avait jadis, au Guilvinec, une avancée rocheuse, qu’on appelait ironiquement la « Pointe des Blagueurs. » Exposée à tous les vents, nue, grise, froide, cette pointe mélancolique n’avait pourtant pas complètement volé son nom et il était rare qu’on n’y vît pas quelques groupes de pêcheurs inspectant le large et attendant l’embellie. « Blaguer, » à la vérité ces malheureux n’y songeaient guère. Sous les vareuses trempées de pluie, les corps grelottaient ; le froid gerçait la peau. Mais quoi ! il fallait être là, coûte que coûte : le poisson est rusé ; le vent a des sautes imprévues. Et, la résignation bretonne aidant, on s’accommodait de cet état de choses sans espérer qu’il pût jamais s’améliorer… Un beau jour pourtant, sur ce promontoire de misère, une vaste et confortable habitation est sortie du sol. Percée de larges baies, surmontée d’une sorte de dunette, — la « hune des pilotes, » — d’où l’on embrasse tout l’horizon, cette habitation est à la fois un refuge et un observatoire. Elle est encore quelque chose de plus, comme nous le verrons tout à l’heure. Mais le nom qu’elle porte lui a été imposé par sa destination première ; sur la claire et riante façade, crépie à la chaux hydraulique, on lit ces trois mots très simples — et très suggestifs : — Abri du Marin.

Ce qui s’est passé, en 1900, au Guilvinec, s’est passé à Audierne, à Concarneau, au Palais, à Camaret, au Passage-Lanries, à Sainte-Marine et à l’île de Sein. Sur huit points de la côte bretonne, les pêcheurs ont aujourd’hui des maisons à eux ou qui leur appartiendront prochainement et qui portent le même nom que la maison commune du Guilvinec. Toutes les huit sont des « Abris du Marin. » Quatre années ont suffi à M. de Thézac, — le promoteur des Abris, — pour mettre sur pied cette grande et belle Œuvre de la côte bretonne qui témoigne des prodiges qu’on peut attendre de l’initiative privée, quand elle a la foi et qu’elle est désintéressée. Vivant au milieu des sardiniers, initié par un contact permanent à leurs besoins et à leurs aspirations,