Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/723

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et les indifférens ne sont pas des socialistes. S’ils volaient toujours, et partout, beaucoup de résultats électoraux seraient changes dans le monde, et ils le seraient au profit des opinions modérées. En donnant ce motif de leur défaite, aussi bien qu’en rappelant ceux qui, en 1903, leur avaient valu des adhésions éphémères, les socialistes ne s’aperçoivent peut-être pas assez qu’ils se condamnent eux-mêmes, puisqu’ils reconnaissent par là ce qu’il y avait d’artificiel et de décevant dans leur situation apparente. Qu’est-ce, en effet, qu’un parti qui perd la moitié ou le tiers de son contingent lorsque le nombre des votans augmente, c’est-à-dire lorsque la représentation du pays devient plus exacte ? Enfin, on a parlé de la pression gouvernementale, et il est bien vrai qu’elle a été très forte ; mais si elle a été efficace contre les socialistes et impuissante contre les catholiques, il y a une raison à cette différence. C’est peut-être qu’un vieux parti, un parti historique comme le Centre, qui a dans certaines régions des racines très profondes, résiste mieux à un orage d’un jour, quelque violent qu’il soit, qu’un parti de hasard et d’aventure qui parle sans doute, aux imaginations, mais inquiète les intérêts permanens d’un pays. Aussi toute l’action officielle s’est-elle brisée contre la forteresse du Centre, tandis qu’elle a battu en brèche celle du socialisme et y a fait de larges trouées. Il y a là une leçon pour les socialistes, s’ils savent la comprendre, et ils la comprennent sans doute mieux qu’ils ne l’avouent. Ils peuvent surprendre un pays, il leur est plus difficile de le garder, n’ayant à lui offrir que des principes irréalisables, dont il se détacherait d’ailleurs bien plus vite encore s’il les voyait réaliser.

Les attaques du gouvernement ont réussi contre les socialistes et non pas contre les catholiques pour un dernier motif. Quand M. de Bülow les accusait les uns et les autres de compromettre la grandeur de l’Empire, on a cru à ses accusations contre les premiers et non pas contre les seconds. Lès socialistes allemands sont plus patriotes que les nôtres ; il suffit pour s’en convaincre de comparer certaines paroles de M. Bebel avec certaines autres de M. Jaurès ; mais enfin ils votent systématiquement contre les crédits militaires, ou du moins contre leur augmentation même la mieux justifiée. Pouvait-on faire le même reproche au Centre ? Sans lui, — et M. de Bülow a été obligé de le reconnaître, — aucun des crédits militaires, maritimes, coloniaux, de ces dernières années n’aurait pu être voté. L’opposition du Centre est récente, et elle a porté sur des questions coloniales auxquelles le pays n’attache pas un intérêt de premier ordre. M. de Bülow a beaucoup