Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/724

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élevé la voix pour en parler ; mais sa voix a eu peu d’écho. Il est douteux que les colonies allemandes soient un élément essentiel de la grandeur et de la puissance de l’Empire. Sans parler des scandales qui se sont produits et que le Centre a dénoncés, sa politique coloniale a coûté à rA.llemagne un immense effort financier, militaire, diplomatique, et ne lui a rapporté que d’assez minces profits. Sur certains points, sa politique générale en a été malencontreusement faussée. Voilà pourquoi M. le prince de Bülow, malgré toute son éloquence, n’a pas réussi à passionner l’opinion sur ce point. Le pays n’en a pas voulu au Centre de son opposition, tandis qu’il en a voulu aux socialistes de tant de promesses qu’ils lui avaient prodiguées et qui ont abouti au néant.

Il faudra donc compter avec le Centre, dans le nouveau Reichstag comme dans l’ancien. M. de Bûlow n’a réalisé qu’une partie de son programme électoral. Il s’était proposé de faire une majorité avec les conservateurs et les libéraux de toutes nuances, et il a mis à leur service la force électorale dont le gouvernement pouvait disposer. Quel a été le résultat ? Les conservateurs ont gagné une dizaine de sièges, les nationaux libéraux 14, les radicaux 9 ; mais tout cela ne fait pas une majorité. Et si cela en faisait une, combien serait-elle hétérogène, exigeante dans des sens opposés, instable par conséquent et fragile ! Les catholiques, les socialistes, les Polonais, les Alsaciens-Lorrains réunis forment un total de plus de 140 membres ; celui des autres groupes réunis ne s’élève qu’à 96. Les élections de ballottage peuvent modifier ces proportions, mais non pas les renverser. M. le prince de Bülow doit donc se féliciter, quelle qu’ait été la rudesse de ses attaques, de n’avoir mis rien d’irréparable entre le Centre et lui.


La crise ministérielle qui vient de se produire en Espagne n’a surpris personne : on s’y attendait. M. le marquis de la Vega de Armijo adonné, il y a quelques semaines, une preuve de dévouement à son parti en acceptant le pouvoir dans les conditions difficiles où le Roi le lui a confié. Les libéraux doivent lui en rester reconnaissans. Mais ils n’ont pas profité de la dernière chance de salut que leur offrait ce dernier ministère, et ils ont achevé de se ruiner par leurs divisions.

Jamais l’instabilité ministérielle n’a été plus grande en Espagne que dans ces dix-huit derniers mois. On a vu se succéder cinq ministères présidés l’un après l’autre par tous les chefs du parti, à l’exception de M. Canalejas qui était président de la Chambre, et aucun de ces chefs, — en vérité, il y en a trop ! — n’a su prendre assez d’auto-