Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/90

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Pour comprendre comment il put la faire jouer, il n’est pas inutile de savoir de quelle manière les choses se passaient à cette époque. C’est Térence qui, dans ses prologues, nous l’apprend. Les jeux étaient donnés ordinairement soit par l’édile qui en avait la charge, soit par quelque magistrat qui voulait remercier le peuple de son élection. Tant qu’il ne s’agissait que de courses de chevaux et de chars, ou de quelques animaux rares qu’on voulait montrer au public, l’édile pouvait se décider par lui-même ; mais il était peu compétent pour juger du mérite d’une pièce de théâtre. Aussi s’adressait-il en général au directeur d’une troupe, qui avait l’habitude de ces sortes d’ouvrages. Il le laissait libre de choisir la pièce à son gré, de fixer le prix qu’il fallait la payer et lui fournissait l’argent d’avance ; mais c’était à la condition que la pièce réussirait, et, si le public n’en était pas content, le directeur devait rendre ce qu’il avait reçu. Il était donc tenu d’être très circonspect dans le choix qu’il avait à faire, surtout si la pièce était d’un débutant, ou de quelqu’un qui n’était pas un des fournisseurs ordinaires du théâtre. Quand Térence présenta son Andrienne, quoiqu’il fût appuyé sans doute par ses puissans protecteurs, le directeur prit des précautions ; il voulut avoir l’opinion du vieux Cæcilius, qui vivait dans la retraite, et ce n’est qu’après qu’elle eut été approuvée par cet homme de goût qu’il se résolut à la jouer.

Ces incidens furent connus. Bien qu’il n’y eût pas alors de journaux pour déflorer le sujet des comédies qu’on se préparait à jouer, il s’en répandait quelque chose au dehors. On pouvait faire parler les acteurs, dont la discrétion n’était pas sans doute à toute épreuve. Il y avait d’ailleurs, avant le jour où la pièce était donnée au public, une représentation d’essai, ou, comme on dirait aujourd’hui, une répétition générale, à laquelle le magistrat assistait ; les auteurs de drames ou de comédies trouvaient moyen de s’y glisser, et, comme ils étaient naturellement fort mal disposés pour celui dont on avait préféré l’ouvrage, ils ne savaient pas toujours le dissimuler et il s’ensuivait quelquefois des scènes scandaleuses. Dans tous les cas, ils connaissaient le sujet de la pièce qu’on allait représenter ; ils pouvaient la déprécier à leur aise et indisposer contre elle l’opinion publique. C’est ce qui arriva pour l’Andrienne. Elle fut attaquée d’avance avec tant d’acharnement par Lavinius, que Térence se crut obligé de la défendre dans son prologue. Malgré les criailleries du