Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/94

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d’une courtisane, et d’un père qui veut le marier avec une fille honnête. Le fils est timide, respectueux, et, après quelques résistances, il se laisse faire et épouse Philumena. Seulement, ce mariage n’est pas d’abord un mariage véritable. Le mari n’a aucun rapport avec sa femme ; tous les soirs il quitte la maison et va rejoindre Bacchis, sa maîtresse. Il espère sans doute que Philumena, irritée de cette conduite, demandera le divorce et qu’il pourra de nouveau être tout entier à Bacchis, C’est le contraire qui arrive. Bacchis le reçoit souvent assez mal ; elle ne cesse de lui reprocher d’avoir cédé trop vite aux instances de son père ; il revient chez lui mécontent des scènes qu’elle lui a faites, et y retrouve Philumena toujours de même humeur, qui l’accueille sans se plaindre, quoiqu’elle sache d’où il vient, et cache à tout le monde l’outrage qu’elle reçoit. A la fin, le jeune homme se laisse toucher par cette douceur, et, au bout de quelques mois, la femme légitime a fait la conquête de son mari. C’est donc sur un incident de la vie privée que repose toute l’action de l’Hécyre, ce qui était à peu près nouveau au théâtre. Les personnages n’ont pas moins de nouveauté que l’intrigue. Il y en a que Térence semble avoir voulu peindre sous des traits absolument contraires à ceux qu’on leur donnait ordinairement. On y voit notamment une belle-fille pleine d’égards et de respect pour sa belle-mère, une belle-mère prête à se sacrifier pour sa belle-fille, et qui consent, pour lui laisser la maison libre, à s’enfermer à la campagne avec un vieil époux fort déplaisant ; enfin une courtisane honnête, qui réconcilie généreusement un ménage qu’elle avait troublé. C’était trop à la fois ; le public fut tout à fait dérouté et délaissa la représentation de l’Hécyre pour un spectacle de gladiateurs et de funambules. Les comédiens firent deux tentatives inutiles pour l’y ramener, et ce fut à la troisième seulement que la pièce put être écoutée jusqu’au bout.

Térence comprit qu’il fallait faire quelques concessions aux habitudes du public. Il se rapprocha du théâtre de Plaute ; une fois même, dans l’Eunuque, il parut y revenir tout à fait. L’Eunuque n’est pas une de ces pièces que les Italiens appellent de « demi-caractère, » sage, tempérée, comme l’Hécyre, où l’on sourit plus qu’on ne rit véritablement. Elle étincelle de gaîté ; le mouvement et le comique y abondent. Ce n’est pas qu’en se rapprochant de Plaute Térence ait renoncé à être lui-même. Dans