Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/513

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Et, en effet, le sort de l’Egypte était en cause. Les deux puissances qui se trouvaient face à face sur les bords du Nil, étaient, à ce moment même, représentées au Congrès de Berlin. Quelle occasion de consolider, d’innover ou de marchander !

L’Angleterre, visiblement, manœuvrait pour dégager l’affaire d’Egypte de la question d’Orient et pour la tirer à part, mais à son profit. Elle voulait avoir les mains libres, — non inactives. La mer et ses passages forment sa préoccupation constante. Ainsi s’explique son attitude si prudente en ce qui concerne la Bulgarie maritime, en ce qui concerne les Détroits, en ce qui concerne la Grèce, en ce qui concerne la Turquie elle-même ; elle se tait, négocie à la muette. Ainsi s’explique cette surprenante convention de Chypre et le secret secrétissime gardé sur elle, à tel point que, on l’a vu, les plénipotentiaires ottomans à Berlin ne la connaissaient pas. De Chypre, on surveillerait tous ces rivages.

Mais, pour conclure, on ne peut se passer de la France (que l’Italie suivra probablement) ; sans la France, la formidable machine opposée à la Russie ne fonctionnera pas. Que faire ? L’Egypte est citée nommément dans les « réserves » de M. Waddington : impossible de prononcer ce nom… Pourtant on en parla.

On en parla dans la coulisse, puisqu’il était écrit que les affaires principales, les vraies affaires du Congrès seraient passées par prétention devant la solennelle assemblée.

Le 7 juillet 1878, — cinq jours avant la fin du Congrès, — lord Salisbury communiquait à M. Waddington la convention relative à l’occupation de Chypre. Le coup frappait droit au visage la France et l’Italie, puissances méditerranéennes. M. Waddington fut à la fois indigné et embarrassé. Il était le plus correct et le plus loyal des hommes ; il s’était réfugié volontiers dans un rôle effacé, consentant toutefois à collaborer à certaines besognes pénibles ; et voilà le réveil qu’on lui ménageait ! Il chercha lord Beaconsfield, l’aborda et lui parla avec vigueur : la France n’avait plus qu’à quitter le Congrès…

Tout, excepté cela ! Lord Salisbury ne laisse pas tomber l’entretien. Au fond, cette surprise ne le surprend pas : il était prêt. L’heure était venue d’examiner les questions méditerranéennes. Malgré les « réserves » de la France, on mit sur le tapis les questions litigieuses entre les deux puissances. On parla de l’Egypte d’abord ; on parla de la Syrie et, enfin, pour se donner du large, le ministre anglais jugea opportun de glisser