Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/609

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dévotion, et effectivement à un lieutenant assisté aussi d’un Conseil, chargé d’administrer le royaume de France au nom de Philippe V. Ce lieutenant, bien entendu, aurait été le duc du Maine : il serait devenu le véritable régent. On employa des besogneux, venus d’Espagne sous promesse d’argent et répandus dans Paris, des sbires propres à tout, même au crime. Leur chef correspondait avec Alberoni et se concertait avec Cellamare.

C’est par miracle que le duc d’Orléans échappa un jour à une tentative d’enlèvement, machinée par les comités de Sceaux contre sa personne et tentée par ces agens subalternes. L’ambassadeur d’Espagne lui-même avait indiqué à leur chef le lieu où le Régent se promenait d’ordinaire avec la duchesse de Berry. Des hommes d’action avaient été embusqués au bois de Boulogne, munis du signalement d’un certain personnage à enlever, sans qu’ils sussent au juste qui il était. Apercevant le Régent à la promenade, le chef de la bande fit un signe du doigt à ses estafiers. Ceux-ci, par méprise, s’élancèrent sur un autre individu, et lui mirent la main au collet, tandis que Philippe s’éloignait, ne se doutant pas du danger auquel il venait d’échapper. Cette tentative fixa l’attention du Conseil de régence. Prudemment, le chef des alguazils s’enfuit aux Pays-Bas, mais l’éveil était donné. Cependant, malgré les conseils de sa mère, le Régent n’en persista pas moins à aller chaque soir souper avec ses amis chez Mme de Parabère à Saint-Cloud.

Du fond de son cabinet, la duchesse du Maine suivait de loin l’action de ses agens ; elle continuait à se dépenser, ne négligeait aucun soin. Elle allait jusqu’à faire établir par Nicolas de Malézieux et le cardinal de Polignac un modèle de lettres tout préparé à la signature de Philippe V, pour lui faciliter sa besogne, inciter cette majesté royale à réclamer du jeune roi Louis XV et du Parlement français ce qu’elle prétendait obtenir elle-même. L’œuvre si téméraire et à la fois si coupable devait sombrer par suite de nouvelles circonstances accidentelles : c’est l’habituel écueil des conspirations. Ainsi, Malézieux n’avait-il pas la maladresse d’égarer le brouillon d’une de ses lettres les plus compromettantes, et en quelles mains allait-elle tomber ! Ainsi mille pièces n’étaient-elles pas transcrites, copiées, distribuées par un simple mercenaire ! Ainsi, dans les dépêches de Cellamare, la police de Dubois, fort bien stylée par l’astucieux ministre, ne devait-elle pas découvrir un petit billet chiffré,