Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/616

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Il connaît la haine du duc de Bourbon pour ses parens de Sceaux. Il ne doute pas de la réponse. Saint-Simon se fait un malin plaisir de l’enregistrer, avec tous les jeux de physionomie des personnages de cette piquante scène. Dans le conciliabule du Palais-Royal, on écarta du moins la mort, et l’on n’osa proposer que la réclusion, là où Richelieu n’eût pas manqué d’ordonner l’échafaud. La prison de Doullens, en Picardie, fut arrêtée pour le duc du Maine, vrai mannequin d’une comédie qui pouvait encore plus tragiquement finir. Quant à la Duchesse, la discussion fut vive. Saint-Simon déclara nettement qu’en sa qualité de princesse du sang, elle méritait, sinon la peine capitale, tout au moins la détention perpétuelle. Le lieu de réclusion lui semblait très délicat à choisir, en raison de l’humeur de cette princesse « propre à tout entreprendre pour se sauver et faire rage sans crainte… » Entre deux sourires équivoques et deux clins d’œil malicieux, le château de Dijon est proposé. Le duc de Bourbon, pris de pudeur, se récrie. Sans doute « il faut mettre Mme du Maine en lieu extrêmement sûr, mais, de le faire le geôlier de sa tante, cela ne se peut accepter. » Saint-Simon insiste et l’emporte pour Dijon. « M. le Duc, déclare-t-il, se laisse vaincre à la fin, et consent à l’étroite prison de sa chère tante » dans le château de la capitale de la Bourgogne.

Le 26 et le 27 décembre se passent à prendre des mesures, à donner les ordres nécessaires « avec tout le secret possible. » Cependant, le régiment des gardes et deux compagnies de mousquetaires reçoivent une consigne particulière qui ne laisse pas de transpirer. Avisée par plusieurs voies différentes du danger qu’elle court, Mme du Maine s’est réfugiée à Paris, dans sa maison de la rue Saint-Honoré. Là, dit Saint-Simon, elle est « aux aguets et le bureau d’adresse des siens. » Sa surexcitation a fait place à l’accablement. En essayant de la rassurer, l’entourage espère quelle sera simplement consignée, eu égard à son rang, dans quelque maison royale, avec une suite convenable. Tantôt elle cherche à se raccrocher à ses projets incendiaires ; tantôt, sans plus d’illusion, elle borne la fertilité de son esprit à faire des plans d’arrangement, pour rendre son inévitable réclusion moins lourde. Souvent même elle en plaisante avec tout son esprit habituel.

Ayant obtenu une audience du Régent, elle retourne au Palais-Royal, fait de grandes phrases à son beau-frère, prend des