Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/626

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plus forts et les plus sacrés. Elle dit qu’elle voit bien qu’il faut mourir ici… mais qu’avant de mourir, elle chargera son confesseur de dire à toute la France qu’elle meurt innocente de tout ce dont on l’a accusée, qu’elle en jurerait même sur l’hostie, etc. »

Au cours de l’été de 1719, l’abbé Desplannes fait passer au ministre Le Blanc, par le contrôleur général, une lettre secrète dans laquelle il lui annonce les révélations les plus sensationnelles, contre une dame de la Cour, la marquise de Charost, qui cherche à s’approcher de Chalon pour être utile à la recluse. Il avoue qu’il est depuis longtemps serviteur de cette dame, et qu’il s’est souvent reproché de la soupçonner. « Mais, ajoute-t-il, plus ami de la vérité que Caton, c’est-à-dire plus dévoué à Son Altesse Royale qu’à personne, je n’hésite pas à vous découvrir ce que je viens d’apprendre, convaincu de votre prudence, osant me flatter de l’honneur de votre protection… persuadé que si la dame dont il s’agit cherche à rendre service à la princesse, ce ne sera pas apparemment contre les intérêts de Sa Majesté. »

Il est certain que Mme de Charost tâchait d’attirer l’abbé Desplannes dans sa magnifique terre de Laborde, à sept ou huit lieues de Chalon, et qu’elle avait pour cela ses raisons. C’est de là que le président Bouhier de Chevigny écrivait au major Desangles, au nom de Mme de Charost, pour faire savoir à la duchesse du Maine qu’une amie secrète demeurait à sa portée, très disposée à lui rendre tous les services possibles, bien qu’en regrettant « que les gardes fussent si impénétrables. » Ce mot sous-entendait une seconde idée de projet d’évasion. La lettre du président Bouhier fut apportée à la citadelle de Chalon par un tapissier, et l’aumônier, qui avait surpris « ce commerce clandestin, » se vanta d’y avoir fait mettre ordre. Les choses n’allèrent pas plus loin, et l’abattement de la Duchesse ne fit qu’augmenter. Il ne laissait pas d’inspirer des inquiétudes pour sa vie. Mme la Princesse vint la visiter à Chalon, et, à force de réclamations, obtint que la réclusion de sa fille fût abrégée pour raison de santé. La mansuétude du Régent commua sa prison en exil et l’envoya, au bout de trois mois, dans une campagne bourguignonne, où elle put déjà jouir d’une demi-liberté, communiquer avec le dehors, se promener à l’extérieur, recevoir même des visites. Ayant le choix entre deux châteaux, elle opta pour Savigny-lès-Beaune, vieille demeure