Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/662

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commandant livrer son prince qui demandait à se battre, c’en fut fait de notre prestige moral. Dupleix eut beau parader sur son éléphant housse d’or, il ne put empêcher les Hindous de décréter sa déchéance. L’abandon de Chunda-Sahib par Law, à Sriringam, déshonora la France dans l’Inde du Sud. Dupleix était perdu logiquement…

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Ceci étant bien entendu pour éclaircir le récit qui va suivre, j’ajoute que la combinaison de Dupleix péchait par la base, parce qu’il abonda toujours en illusions à l’égard des Hindous. Chunda-Sahib, pour employer une locution familière, lui « claqua dans la main. » Aussi imprévoyant et léger qu’Oriental sur terre, ce prince, à peine sorti de Pondichéry, allait travailler à se créer de nouveaux ennemis, comme si Mohammed-Ali et les Anglais ne suffisaient pas à son ardeur guerrière. Mozzufer-Singh et Chunda-Sahib avaient laissé à Pondichéry l’argent de Dupleix. Ils l’avaient laissé aux mains des pourvoyeurs de leur luxe et de leurs plaisirs. La splendeur quasi impériale dont brillait Dupleix avait piqué d’orgueil le soubab et le nabab. Ne voulant pas qu’on pût dire que le « Frangui » avait éclipsé les princes natifs, les deux compères ne ménagèrent ni l’or, ni l’argent, ni la piaffe. Pouvait-on attendre autre chose, en saine raison, de ces dignitaires d’un pays où le plus modeste soudra se croit, encore aujourd’hui, engagé d’honneur à se ruiner pour les noces de son fils ?

Chunda-Sahib et Mozzufer-Singh laissèrent donc Pondichéry derrière eux, le cœur certes moins léger que la bourse. Ils partaient bien munis de troupes françaises, de cipayes, d’artillerie de siège, et aussi d’un officier, M. Duquesne, qui devait diriger les opérations. Mais ils n’avaient plus une roupie vaillant. Et la solde des troupes, leur nourriture ne sont pas choses qui se règlent avec des promesses. Chunda-Sahib, ainsi dénué du nerf de la guerre, eut une inspiration de génie : le roi de Tanjore, dont la capitale était sur la route de l’armée, méritait cette réputation qu’on lui prêtait d’être le souverain le plus riche de cette région de l’Inde. Il ne s’agissait que de le rançonner au passage. Un prétexte s’offrait. Tributaire du Mogol de Deli, Pertab-Singh ne s’était pas acquitté. Si Mozzufer-Singh, soubab du Deccan, n’avait pas qualité pour exiger de ce grand vassal le paiement de l’arriéré, c’était alors que toute hiérarchie