Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/776

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l’ordre en France, s’il est possible, que tous les efforts et les moyens violens qu’on saurait employer. »

A la lecture de ce rapport, l’Empereur souligna deux fois, manu proprio, les derniers mots : que tous les efforts, etc. Ce fait témoigne de la forte impression qu’ils avaient produite sur son esprit. Mais en concluait-il qu’il était nécessaire d’établir des relations franches et amicales avec le gouvernement français, c’est ce que nous verrons dans la suite. Pour le moment, il renonça à l’idée d’une intervention violente dans les affaires de la France. Les rapports du comte Pozzo di Borgo avaient donc produit un effet bienfaisant et provoqué même une résolution suprême qui trancha définitivement la question d’intervention dans un sens négatif.

Dans un rapport secret du 27 juillet/8 août, Pozzo di Borgo fit part à l’Empereur de la politique du gouvernement anglais envers la France. Lord Stuart, ambassadeur d’Angleterre à Paris, entretenait une correspondance secrète avec Charles X et lui conseillait de s’établir à proximité de la France, à tout événement. Il lui recommandait de fixer sa résidence à Jersey, pour être en mesure, le cas échéant, de retourner en France. « En me disant ces paroles, » poursuit Pozzo di Borgo, « lord Stuart a ajouté qu’un peu de guerre civile en France serait à désirer. » « Toutes ces machinations sont odieuses et atroces, écrit Pozzo di Borgo. Après avoir donné M. de Polignac pour ministre aux Bourbons, on voudrait maintenant léguer la guerre civile à la France ! » Cette politique devait soulever aussi l’indignation de l’empereur Nicolas, dont le caractère chevaleresque était connu de toute l’Europe. Le projet d’entraîner les troupes françaises à un acte de trahison envers Louis-Philippe, auquel elles avaient prêté serment de fidélité, révoltait le tsar. Aussi lorsque le comte Pozzo di Borgo dans son rapport secret insista encore une fois sur l’impossibilité d’une intervention, l’Empereur inscrivit-il de sa propre main sur ce rapport la résolution suivante : « Elle (l’intervention) est impossible, parce que le Roi a abdiqué et que l’on ne fausse pas les sermens. »

Lorsque Louis-Philippe nomma le comte Molé ministre des Affaires étrangères, Pozzo di Borgo s’empressa de le recommander « comme un homme qui n’a participé en aucune manière aux mouvemens révolutionnaires qui ont amené la chute des Bourbons. » Quant à Louis-Philippe, « le roi de France, écrivait-il,