Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/786

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tel gouvernement sa reconnaissance est d’une absolue nécessité. Un refus équivaudrait à une condamnation à mort. Il est facile de prévoir quelles en seraient les conséquences. La France deviendrait le foyer du mouvement révolutionnaire en Europe, et les Français, les alliés de tous les anarchistes sur le continent… Une conflagration générale deviendrait imminente et ce seraient les puissances étrangères qui l’auraient provoquée. » Si les grandes puissances continentales commençaient une guerre avec la France, l’Angleterre abandonnerait l’alliance, et l’opinion publique de l’Europe prendrait fait et cause pour la France. L’action de tous les traités internationaux serait suspendue. Mais quel serait le but de cette guerre ? Il serait illusoire de songer au rétablissement sur le trône de la branche aînée des Bourbons ! Le prince de Metternich a dit au comte Nesselrode que, si les alliés agissaient de cette manière, leur victoire serait suivie de difficultés insurmontables : « car il serait peut-être facile de renverser le gouvernement actuel, mais impossible de trouver une combinaison pour le remplacer. »

En regard de ces mots, l’empereur Nicolas mit l’annotation suivante : « C’est exactement ce que j’ai dit ici dès la nouvelle des désordres de Paris. »

Prenant en considération le fait de la reconnaissance du nouveau gouvernement français par les trois grandes puissances de l’Europe, la Russie, selon l’avis du ministre des Affaires étrangères, ne saurait marcher seule contre les Français et se détacher de ses alliés. Enfin le refus de reconnaître Louis-Philippe compromettrait complètement la situation de la Russie en France, acquise depuis 1814. « Jusqu’à la catastrophe du mois de juillet, » écrivait le comte Nesselrode, « notre système a été fondé sur des rapports intimes avec cette puissance, rapports qui découlaient naturellement de l’identité des intérêts des deux pays. Nous avons recueilli les fruits de cette politique sage et prévoyante. Les dispositions du gouvernement français, comme celles de la nation, nous ont été constamment favorables. Plus d’une fois, pendant la guerre que Votre Majesté a soutenue avec tant de gloire et de succès, la France a déjoué les combinaisons les plus malveillantes de l’Autriche et de l’Angleterre. Ses trésors et ses soldats nous ont aidés à créer un État dont l’existence est utile à la Russie. C’est au souvenir des bienfaits de l’empereur Alexandre que Votre Majesté doit des services aussi