Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/787

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signalés… parce que son esprit plein d’avenir lui faisait sentir qu’aucun équilibre de l’Europe ne serait possible, si la France ne conservait un certain degré de force et de puissance. »

Ces argumens irréfutables du comte Nesselrode persuadèrent l’empereur Nicolas de la triste nécessité de reconnaître Louis-Philippe comme roi de France. Il finit par admettre les argumens de son ministre après une longue et pénible lutte avec lui-même. Voici les derniers mots qu’il écrivit sur ce rapport : « Je me rends à votre raisonnement ; mais j’atteste le ciel que c’est et ce sera toujours contre ma conscience et que c’est un des plus pénibles efforts que j’aie jamais faits. J’en prends acte. — Nicolas. »

Ces dernières paroles de l’Empereur caractérisent très bien ses sentimens personnels à l’égard du roi des Français, et il n’y avait pas de force au monde qui pût le contraindre à changer ses convictions. Dans le domaine officiel et politique il consentait à se rendre au conseil de son ministre des Affaires étrangères et à reconnaître le Duc d’Orléans Louis-Philippe comme roi de France. Mais dans ses rapports directs et personnels avec lui, il se réservait le droit de laisser libre cours à ses sentimens. Il autorisa son représentant à la Cour des Tuileries à rester à son poste et il se montra disposé à entrer en relation avec les plénipotentiaires du gouvernement français ; mais il refusa catégoriquement de traiter Louis-Philippe sur un pied d’égalité et comme un membre légitime de cette famille à laquelle appartenaient les autres souverains. C’est par ces sentimens que s’explique le refus décidé de l’Empereur d’appeler Louis-Philippe « Monsieur mon frère. » Tous les argumens dont put se servir le comte Nesselrode par écrit et en paroles furent impuissans à ébranler sa résolution.

Le général Athalin arriva à Saint-Pétersbourg, au commencement de septembre, pour notifier l’avènement de Louis-Philippe au trône de France. Il fut porteur de deux lettres du Roi à l’Empereur du 7/19 août 1830. Dans la première, le Roi déclare qu’il fut appelé au trône par la volonté de la nation et qu’il dut se sacrifier à ce vœu unanime. Son refus n’aurait pas manqué de déchaîner de terribles calamités non seulement sur la France, mais sur tous les États de l’Europe. Dans la seconde, Louis-Philippe donne des explications détaillées sur les événemens de Juillet et s’applique à démontrer qu’il en est devenu la victime