Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/795

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avait déjà nommé le maréchal Mortier au poste d’ambassadeur à la cour impériale, tandis que le comte Pozzo di Borgo, à la fin de l’année 1830, n’était pas encore en possession de ses lettres de créance. Aussi éprouvait-il « une certaine gêne » dans ses rapports avec le Roi et son gouvernement. S’il eût connu la pensée intime de l’empereur Nicolas au sujet du nouveau roi des Français et à son propre sujet, il eût été certainement au désespoir. Mais le comte Nesselrode était un ami fidèle et se faisait un devoir de lui cacher les éclats de colère que provoquaient chez son souverain ses efforts constans en vue d’atténuer la conduite de Louis-Philippe et d’en prendre la défense.

En restituant au vice-chancelier les dépêches du comte Pozzo di Borgo, l’Empereur mit sur le rapport du ministre du 10 octobre 1830 l’annotation suivante, comme toujours en français : « Tout ce que débite Pozzo sur le prétendu état satisfaisant de la France ne l’est nullement à mes yeux ; je vois la contradiction la plus complète entre les assurances du gouvernement et ce qu’il tolère impunément pour fortifier la révolte où elle triomphe, et la fomente là où le Ciel nous en préserve encore… En général, poursuit l’Empereur, je ne suis pas du tout satisfait des rapports de cet ambassadeur, car j’y vois le plus souvent l’homme qui se contredit et jamais une forte volonté en aucun sens. »

C’est au milieu de novembre que l’ambassadeur reçut les réponses à ses rapports d’octobre. Le comte Nesselrode lui écrivait : « Les regrets que les résultats de la mission du général Athalin ont fait naître auprès du roi des Français et de son ministère n’ont pas surpris l’Empereur. Sa Majesté Impériale devait même s’y attendre en quelque sorte, parce qu’Elle aime à croire que le cabinet du Palais-Royal connaît assez sa position pour savoir qu’il ne lui suffit pas d’avoir obtenu la reconnaissance de son titre par les autres Cours, mais qu’il doit lui importer encore dans son propre intérêt de leur inspirer une juste confiance et d’être admis dans l’intimité des relations qui subsistent entre elles. » Si Louis-Philippe et ses ministres en ont pris de l’ombrage, cela prouve seulement « leur faiblesse et leurs irrésolutions, sinon leurs arrière-pensées. » D’ailleurs, rien n’empêche le roi des Français d’user dans ses lettres à l’Empereur des mêmes formules dont celui-ci s’est servi à son égard. En tout état de cause, disait le comte Nesselrode dans une