Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/796

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dépêche du 5 novembre 1830, le roi Louis-Philippe et ses ministres ne sauraient perdre de vue que la révolution de Juillet n’est pas restée un événement exclusivement français : par le fait qu’elle s’est étendue à la Belgique, à l’Italie et à l’Allemagne, elle a acquis une portée européenne, et c’est pourquoi des troupes russes ont été mobilisées en Pologne et dirigées vers la frontière. Lorsqu’une nouvelle révolution éclata effectivement en Pologne, on avait tout lieu de redouter le concours de la France aux insurgés. Aussi l’ambassadeur reçut-il l’ordre de convaincre le gouvernement français que sa dignité aussi bien que son honneur lui imposaient le devoir de rester neutre et de ne pas montrer qu’il désirait « voir dans d’autres pays les peuples sans frein et l’autorité sans force. »

L’année 1830 se termina au milieu de ces craintes continuelles sur le maintien de la paix. L’année 1831 ne commença pas beaucoup mieux. Au mois de février, le comte de Damas arriva à Saint-Pétersbourg. Il remit à l’Empereur une longue lettre du Roi déchu et un mémoire spécial sur les événemens de Juillet. Le comte de Damas fut accueilli avec empressement à la Cour et repartit avec une lettre de Nicolas Ier à Charles X, sans avoir toutefois obtenu un résultat positif quelconque.

Dans sa lettre datée du 10/22 janvier 1831, Charles X appelait la protection particulière du Tsar sur son petit-fils, le Duc de Bordeaux, « auquel est réservée la noble tâche de rendre un jour la France heureuse, et de contribuer au bonheur et à la tranquillité de l’Europe. » Cet enfant, « c’est l’espoir de la France que je recommande à un souverain, mon ami et allié, c’est la tranquillité de mon pays et la paix du monde qui est attachée au retour de cet enfant sur le trône de nos pères. La légitimité peut seule soutenir la légitimité. » Enfin Charles X énonçait la ferme conviction que la nation française se soulèverait bientôt contre l’usurpateur et rétablirait sur le trône la dynastie légitime. Les provinces de l’Ouest et du Midi de la France étaient prêtes à une levée de boucliers. L’empereur Nicolas fit à cette lettre, le 22 février 1831, une réponse en termes vagues ; il ne pouvait évidemment pas en faire une autre ; mais on sentait dans chaque ligne qu’il ne s’inclinait que devant la force insurmontable des circonstances. « Les liens d’amitié qui nous unissent sont, écrivait-il, à l’épreuve des