Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/855

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cela des moyens qu’on a employés pour me trouver coupable. Je persiste à t’envoyer mon acte d’accusation, quand je le recevrai ; mais je ne me servirai pas de la voie ordinaire ; je lui ferai prendre le chemin de la lunette. Les extraits que je pourrais faire seraient incomplets. Si, après ma mise en jugement, on ne lève pas mon secret, tu dois croire que je ne négligerai aucun moyen d’y parvenir. Celui chez qui tu t’es présentée en vain tant de fois, est un homme vendu à l’autorité et qui craint de se compromettre en te recevant. Tu feras bien de t’adresser plus haut et, si tu trouves accès, tu ne dois plus craindre d’éprouver des refus.

« Un jugement politique peut m’être moins avantageux qu’un judiciaire ; mais, au moins, serais-je séparé d’une cause qui m’est absolument étrangère. Je viens d’apprendre à l’instant, non pas tout à fait la même chose que tu m’as dite, mais qu’on devait me faire juger à part. Il résulte au moins de tous les dires qu’il y a beaucoup d’incertitude à mon sujet.

« Tu as raison de te plaindre que je ne t’ai pas fait compliment sur notre petit ; il est vraiment charmant : il n’est pas possible d’être plus docile. J’attends avec bien de l’impatience à le revoir ; mais je suis assez raisonnable pour savoir qu’il faut y mettre de la réserve.

« La conduite qu’on a tenue à l’égard de Loisel et de Carbonnel est affreuse et d’une bien grande injustice. Cela me prouve que je ne puis plus habiter un pays où la moindre liaison est un sujet de persécution pour tous mes amis. Je crois qu’il n’y a pas à balancer de vendre Grosbois et notre maison de la rue d’Anjou et, en fuyant avec les débris de ce que nous possédons, nous trouverons le bonheur et le repos, en raison de la plus grande distance que nous serons de ce pays.

« J’ai été jusqu’à quatre heures dans l’attente de te voir [1], mais j’ai été trompé ; j’espère que ce sera pour demain, d’autant qu’ayant demandé si quelqu’un était venu savoir de mes

  1. Ce n’est que dans la soirée qu’elle était autorisée à voir son mari, quand on le lui permettait. Il lui était recommandé de ne venir qu’à la nuit, voilée et simplement vêtue, afin que les passans ne pussent la reconnaître. Indépendamment de ces visites, elle rôdait fréquemment autour de la prison, en franchissait même le seuil, sous un prétexte ou sous un autre, tantôt seule, tantôt avec son fils, essayant, et parfois avec succès, de se faire voir de son mari, ce à quoi se prêtait Fauconnier, le concierge du Temple. Pour que le général la distinguât mieux et de plus loin, elle se mettait en blanc.