Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/854

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parole d’honneur de ne pas dire qu’il était à Paris. Il était proscrit ; il avait été mon chef et mon ami ; je ne crus pas devoir le dénoncer. Trois ou quatre jours après mon arrestation, le Grand Juge me dit qu’il viendrait le lendemain me donner connaissance des charges qui m’étaient relatives. Voyant, au bout de vingt-trois jours, qu’il ne venait pas, je crus devoir écrire au Consul pour lui rendre compte de mes relations avec Pichegru. Cette lettre doit même être considérée comme une déclaration prescrite par une loi rendue dans le mois de ventôse, qui ordonne, sous peine de mort (à ce qu’on m’a dit), d’instruire le gouvernement des moindres relations qu’on aurait eues avec ce parti. Cette loi porte formellement qu’elle ne pourra avoir d’effet rétroactif contre ceux qui y auront satisfait. Je ne connais pas sa date ; j’ignore, par conséquent, si je suis dans les délais qu’elle prescrit ; mais on ne peut me le reprocher, puisque ma détention est antérieure ; j’étais au secret quand elle fut promulguée et je n’en ai entendu parler que par les gendarmes qui me gardent.

« J’ajouterai qu’on ne peut être coupable que par son fait. Je ne puis pas être coupable des questions qu’on me fait, surtout quand mes réponses sont conformes aux principes que doit avoir un citoyen. Le mécontentement de Pichegru prouve formellement que nous n’avions pas la même opinion. La déposition de Rolland ne porte que sur une conspiration qui m’est personnelle et non sur une conspiration royaliste. Mais où est mon parti ? Où sont mes complices ? Mon parti dans le Sénat ? Enfin tout cela n’est que ridicule. Le seul tort que j’aie eu, c’est de leur répondre. »

On voit avec quelle vivacité et quel sang-froid Moreau se défend et répond à toutes les allégations de ses accusateurs. N’était la persistance intéressée avec laquelle ils soutiennent leurs dires, il ne resterait rien des charges amassées contre lui, car on ne saurait équitablement considérer comme des charges, des propos confidentiels exprimant peut-être une opinion contraire au gouvernement, mais non des intentions criminelles. Par malheur pour lui, ses dénégations ne comptent pas et l’on y oppose, afin de le perdre, des paroles dénaturées et travesties par ceux qui prétendent les avoir entendues. Il a donc raison lorsqu’il se plaint à sa femme de ces procédés iniques.

« Je t’ai envoyé le petit papier, ma chère amie ; juge d’après