Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/940

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Nous commençons à connaître même son œuvre, que plus d’un siècle oublia. Les opéras de Rameau, depuis 1785, avaient disparu du répertoire. La société des Concerts du Conservatoire attendit l’année 1837 pour exécuter un fragment des Indes galantes. Mais ladite Société nous a fait entendre, il y a deux ou trois ans, un motet et, depuis, des fragmens dramatiques du maître. L’Opéra, prévenu par les théâtres de Montpellier et de Dijon, vient de représenter Hippolyte et Aricie. Enfin et surtout, — car il n’y a pas de plus sûr et de plus durable témoignage, — une édition complète de Rameau a été entreprise sous la haute direction de M. Camille Saint-Saëns. Elle comprend déjà treize volumes et ne le cède en rien aux grandes éditions allemandes des grands musiciens allemands [1].

Ce n’est pas tout encore. Notre nationalisme, un beau jour, s’est avisé que Rameau pourrait bien être notre musicien national par excellence, le plus pur de toute influence étrangère, celui qui rassemble et renferme en soi tous les élémens et tous les signes, le fond et l’essence même du génie français. Français, il le fut sans doute, ce fils robuste de la Bourgogne, il le fut non seulement de race et de naissance, mais de goût et de volonté. C’est en France qu’il grandit et se forma. Ses voyages de jeunesse, qui le conduisirent à Lyon, à Avignon, à Clermont-Ferrand surtout, ne l’entraînèrent hors de France qu’une fois, et peu de temps. Le pèlerinage d’Italie ne fut pour sa vingtième année qu’une excursion brève. Il ne dépassa pas Milan, n’ayant rien trouvé là, faute de patience peut-être, qui lui semblât digne d’attention et d’étude. Il paraît l’avoir regretté plus tard et, devenu vieux, il répétait à son ami Chabanon que s’il eût séjourné plus longtemps en Italie, « il se fût perfectionné le goût. »

Mais aussi bien qu’en Italie, Rameau put connaître et connut certainement, en France, les œuvres de l’art italien. Dès la fin du XVIIe siècle, les meilleures étaient arrivées jusqu’à nous. Et puis gardons-nous d’oublier, — Rameau s’en gardait le premier, — ce qui reste chez Rameau de Lully. Le musicien de Louis XIV aurait reconnu dans celui de Louis XV beaucoup plus assurément que son héritier, mais tout autre chose aussi que son contradicteur. A la base, je ne dis point au sommet, de l’œuvre du Bourguignon, la main du Florentin se retrouve. Rameau lui-même, encore une fois, ne cherchait point à la cacher. N’a-t-il pas écrit, en tête de sa partition des Indes galantes : « Toujours occupé de la belle déclamation et du beau tour de chant qui

  1. Œuvres complètes de Rameau, chez Durand et fils.