Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/169

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au don prophétique, imaginer, d’un bout à l’autre, le discours du trône que M. Balfour, premier ministre, mettra sur les lèvres du roi Edouard. Maintien de la triple entente et de la politique de paix et d’équilibre en Europe ; la flotte mise et tenue sur un pied qui lui permette de lutter sans désavantage contre deux des meilleures flottes étrangères combinées ; le service militaire universel établi en prenant pour base le système suisse et en profitant de l’expérience faite sous M. Haldane, le créateur de l’armée territoriale. Réforme de la Chambre des Lords, mais par cette Chambre elle-même. Loi contre l’intempérance, mais sans toucher au privilège des débitans que le parti unioniste considère comme une propriété. Loi scolaire pour la protection des écoles libres, c’est-à-dire des écoles placées sous le patronage immédiat de l’Eglise anglicane. En Irlande, reprise de la politique inaugurée, en 1887, par M. Balfour lui-même : d’une part, répression énergique des attentats contre les personnes ou contre les propriétés ; de l’autre, règlement de la question agraire dans le sens le plus favorable aux petits fermiers. Reprise, également, des mesures législatives en vue d’améliorer le sort des prolétaires (compensation pour les accidens, logemens insalubres, travail des enfans, retraites ouvrières, révision de la loi des pauvres, etc., etc.).

Au premier plan figurerait, cela va sans dire, la réforme douanière, définitivement adoptée par le parti conservateur, malgré la résistance d’une douzaine de députés, conduits par Lord Robert Cecil. M. Balfour, esprit modéré et réfléchi, mais nullement timide, a, comme on dit ici, cloué son pavillon au grand mât et, sur ce pavillon, on lit : « Relèvement des tarifs, droits préférentiels. »

Telles seraient, dans ses lignes générales, la politique unioniste si elle triomphait aux élections prochaines. M. Balfour, après l’avoir exposée et défendue devant le pays, aurait à la mettre en pratique. C’est alors que ses qualités d’homme d’Etat seraient véritablement mises à l’épreuve. Les quatre années durant lesquelles il a gouverné l’Irlande ont montré qu’il possédait à un haut degré quelques-unes de ces qualités, et non des moins précieuses : clairvoyance, décision, autorité. Mais il faut bien convenir que, comme chef du Cabinet, il a un peu manqué d’originalité. Il s’est laissé inspirer tantôt par ses amis, tantôt, mais plus souvent, par ses adversaires. Excellent leader