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Les peintres de la nuit et les Salons de 1909


Pendant l’été de 1854, il y avait, à Londres, un cocher d’omnibus qui, du poste élevé où la Providence l’avait placé, observait les hommes et les choses de la grand’ville. Il s’en ouvrait ainsi à l’un de ses cliens : « M. Carlyle est un bon type, mais je vous en montrerai un bien plus original encore, si vous venez jusqu’au coin de la rue. On le voit très bien du bus. C’est un gaillard, au premier étage, qui a quelque chose qui se tient toute la nuit à une fenêtre et qui, lui, se tient assis ou debout à l’autre, et comme qui dirait en train de dessiner cette chose. Il ne va pas se coucher comme les autres chrétiens, mais reste là, longtemps après que le dernier bus a passé, et le policeman dit que, lorsque l’horloge sonne quatre heures du matin, le gaz s’éteint et le monsieur descend tout Cheyne-Walk à fond de train, puis quand il est au bout, fait demi-tour et revient, ouvre la porte, rentre et personne ne le voit plus… » Ce « gaillard au premier étage, » qui intriguait les cochers d’omnibus, était le préraphaélite Holman Hunt peignant, d’après le clair de lune londonien, le clair de lune de sa toile célèbre, la Lumière du Monde, et donnant, ainsi, le premier exemple d’un peintre de la nuit travaillant d’après nature, c’est-à-dire pendant la nuit.

Aujourd’hui, cette rencontre n’est plus si rare. Quand l’ombre enveloppe les plaines de l’Europe tout entière, les pêcheurs d’Equihen u ceux du Zuyderzée, les mariniers de nos canaux du