Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/419

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passer des frissons, sourdre des points lumineux, s’ordonner des masses, se séparer des plans, s’étirer des branches, tout un monde s’y démêler et s’y mouvoir. Cette troisième méthode, qui est plus audacieuse et qui demande une adaptation de l’œil plus parfaite que les deux autres, paraît être celle de l’avenir.


II

Qu’ont produit ces diverses méthodes aux Salons de 1909 ? Des chefs-d’œuvre, non ; mais assurément des œuvres nouvelles et que les chefs-d’œuvre anciens ne nous dispensent pas de voir. Ce sont, d’abord, dans la travée médiane de la salle VI, celles de M. Le Sidaner : deux clairs de lune au lac Majeur, éclairant l’Isola Madre telle qu’on la voit de Stresa ou d’une des îles Borromées, quand on regarde vers Pallanza. Le premier plan est de terre ferme : un coin de terrasse blanchie par la lune où les balcons et des arbres invisibles jettent, comme les mailles d’un filet sombre, leurs fines ombres entre-croisées. Au loin, suspendue dans un brouillard bleuissant et verdâtre, l’île, toute remplie par son immense maison carrée qui rosit au clair de lune, éparpille dans les eaux les lilas de ses reflets. Au fond, les lumières de Pallanza ponctuent de leurs feux d’or vert l’autre rive du lac. Jamais l’enveloppe de la nuit, ses reflets mouvans et ses molles clartés qui flottent dans l’air, ouatant chaque chose, n’ont été rendus comme par M. Le Sidaner. Mais cette année, M. Meslé nous en donne aussi (salle XIV) deux excellens exemples, qu’il intitule Moutons allant au parc et Chapelle bretonne au clair de lune. Observez le halo de la lune, dont les cercles en s’élargissant vont du jaunâtre et du blanchâtre au vert tendre et enfin jaunissent dans le ciel bleuissant et sombre. Voyez comme elle pâlit à peine le bord extrême du grand nuage qui s’enfonce en s’incurvant vers l’horizon selon une parfaite perspective aérienne. Considérez, aussi, la douceur des rayons qui baignent les meules de foin et le des laineux des bêtes, la souplesse de ces ombres d’ombres, molles comme le vol d’une chauve-souris et de ces reflets dosés comme des poisons, au creux des sillons, à l’angle des pierres, — et vous aurez bien l’impression d’une trouvaille de plus dans le trésor infini de la nature.

Tout au contraire de ces deux maîtres, M. Henri Duhem s’efforce de retrouver, sous la lune, des colorations sans doute