Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/418

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


« à tout instant » serait seul juste… Celait remettre à 1887notre rencontre d’aujourd’hui ! » — Or Cazin ne remettait jamais ce qui était de son art. Il avait fait sienne cette devise d’un vieux cadran solaire : Ut capias paliens esto, sed esto vigil. Une fois sur le terrain, il dessinait son effet et poussait son dessin ou même peignait, en monochrome, ses valeurs aussi loin que possible. Il s’attardait à prendre des notes parfois jusqu’à deux heures du matin et, le lendemain, avec sa mémoire formée à l’école de Lecoq de Boisbaudran, il posait les couleurs.

La troisième méthode consiste à peindre l’effet nocturne d’après nature du commencement à la fin, en plein air, au milieu de la nuit même. Ce fut celle de Holman Hunt. Un dessin à la plume adressé à ses enfans, de la route de Gaza, où il était, le 18 février 1870, le montre debout devant son chevalet, près de ses compagnons endormis, et peignant à la lueur d’une lanterne de papier, avec ces mots au-dessous : Father turning the night into day. Ainsi, tant sur les terrasses de Berne que sur le Lung’ Arno, en face du Ponte Vecchio, sinistre dans sa clarté lunaire, il reproduisait chaque ombre avec une vérité telle qu’aujourd’hui encore, après quarante ans écoulés, devant les vieilles maisons du Borgo San Jacopo, plongeant dans l’eau trouble et noirâtre, on peut appeler chacun de ces fantômes par son nom. Mais cette méthode qui consiste à poser les tons à la lumière exige une lumière qui ne fausse pas les rapports de tons. Du temps de Holman Hunt, il n’en existait pas, et c’est pourquoi, sans doute, son exemple ne fut pas suivi. Aujourd’hui, l’acétylène résout le problème. Son spectre, très voisin de celui de la lumière solaire, permet à un œil exercé de préjuger l’effet que produira, au jour, la couleur. Une transposition est encore nécessaire, mais elle est plus facile. C’est ainsi que travaille M. Edward J. Steichen, dont les Nocturnes du Lake George à New-York et ceux de la Brie dépassent, en subtilité d’expression, tout ce qui fut tenté jusqu’à ce jour. Eu s’éclairant artificiellement pendant son travail, M. Steichen peut étudier non seulement des effets de nuit claire, comme ses devanciers, mais même des nuits sans lune, les choses éclairées par une lune voilée ou seulement cette pâle clarté qui tombe des étoiles, dans les halliers, qui erre à la pointe des herbes et flotte sous les dômes obscurs. Une vapeur sombre semble s’être seule fixée sur ses toiles. A mesure qu’on les regarde, on y voit