Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/696

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de leur peinture symboliste tout entière où l’on n’imagine rien qui s’exprime par des mois et de leur grand artiste hostile à tout bruit, l’auteur du Roi Cophétua,

Qui, d’un double silence, a fait un chant d’amour…

Par un phénomène presque constant dans les portraits de cette salle, comparés à ceux de la salle française, on ne peut guère démêler d’attitude, ni d’apprêt, destinés à vous montrer, dans un rôle, un personnage. Ces grands yeux ouverts ne s’occupent point de vous et vous ne devrez vous en prendre qu’à vous-même si vous y lisez des confidences qu’ils ne daignent pas vous faire, vous trouvant également indignes d’un mensonge ou d’un aveu.

Un seul masque, peut-être, révèle, sans aucune hésitation possible, son personnage : celui de Sarah Malcolm, par Hogarth (n° 12), cette criminelle de droit commun que les organisateurs ont ingénieusement donnée pour « pendant » à la reine Charlotte. C’est, là, un sujet pour M. Lombroso. « Je vois dans les traits de cette femme, disait Hogarth, qu’elle est capable de tous les crimes. » On ne lui en connaît pourtant que peu, et il ne semble pas qu’elle ait assassiné plus d’une veuve et de deux domestiques. Mais l’asymétrie très prononcée de certains traits et les proéminences de l’armature osseuse fixent tout de suite le moindre des observateurs sur ce qu’on doit en attendre. On s’explique plus mal l’impression extraordinaire qu’elle fit : d’abord sur le curé chargé de la confesser, ensuite sur la foule à qui elle ne sembla pas une figure vivante, mais peinte, sur la charrette du supplice, enfin, sur tous ceux qui crurent la voir apparaître après sa mort. On dit qu’avant son enterrement au cimetière du Saint-Sépulcre, son corps fut exposé à Snow-Hill, où s’entassait la foule, et que l’on vit un gentleman, nouvellement vêtu en grand deuil, fendre la presse, embrasser la morte, puis donner de l’argent au peuple, sans doute pour le bien disposer en faveur de sa mémoire. Sommes-nous bien, ici, en face de la femme qui séduisit tant de gens par sa mort ? Un mystère plane depuis près de deux siècles sur cette figure, et un masque que les historiens n’ont pas soulevé.

Ils ont été un peu plus heureux avec la reine, et il est facile de dire ce que signifie, dans le portrait ovale qu’en a fait Gainsborough (n° 4), son mystérieux sourire. Les gens qui s’obstinent à comparer la reine Charlotte à la Joconde s’exposent à être poursuivis en diffamation par les dévots de Monna Lisa. Car il est