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Les tribunaux pour enfans


I

C’est un lundi. Dans le vestibule où s’ouvrent, face à face, la 8e et la 9e Chambre, le public n’est pas celui des autres jours. Du moins, devant la porte de la 8e, les femmes sont en majorité, des femmes du peuple, têtes nues ou coiffées de chapeaux très modestes, la plupart ayant passé la quarantaine, visages fatigués de travailleuses qui ont eu à élever des enfans, à faire marcher un ménage. On entre dans la salle d’audience. Voici, aux places du public, des femmes encore et peu d’hommes ; à la barre, quelques avocats ; au banc des prévenus, des enfans, rien que des enfans. C’est ici, en effet, le Tribunal pour les enfans. Les gardes les introduisent, au fur et à mesure que leurs causes sont appelées, et l’on voit, l’on entend ceci à travers les bavardages et les rires de l’auditoire, où, par momens, éclate un sanglot.

Pierre L… est un petit gaillard de quinze ans, robuste, déluré, les yeux hardis, la mâchoire avancée. Le président l’interroge :

— Tu es tourneur en optique. Tu n’as jamais été condamné ; mais tu ne te conduis pas bien. Un matin, tu as abordé un vieux journalier et tu lui as demandé l’heure ; le vieillard a tiré sa montre : aussitôt tu as sauté dessus et pris la fuite…

— J’étais pressé, dit Pierre.

Il est enchanté de ce tour ; il rit, et le public rit aussi :

— Ah ! tu trouves cela risible, reprend le président. C’est un vol pourtant : il n’y a pas de quoi rire… Et vous, madame, demande-t-il à la mère, qu’entendez-vous faire pour votre fils ?…