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Le 24 décembre, Choiseul est exilé ; moins d’un mois après, le 20 janvier 1771, Maupeou lance un ultimatum au Parlement, qui refusait d’enregistrer l’édit de décembre 1770 ; le 21, il exile les magistrats récalcitrans et confisque leurs offices.

Le 23, il décide la création de six conseils supérieurs, capables de remplacer le Parlement de Paris, dans tout son ancien ressort, de rapprocher ainsi la justice et les justiciables, et de former une magistrature salariée, besogneuse, et docile, là où il existait auparavant des juges riches, propriétaires de leurs offices, indépendans, presque frondeurs. L’un de ces conseils devait être formé en Auvergne, et s’assembler à Clermont ; M. de Chazerat reçut la mission d’en recruter les membres, principalement parmi les conseillers de la Cour des Aides, dont il était le chef [1]. Par prières, par promesses et caresses, il parvint un jour à les décider tous, les uns après les autres. Mais, le lendemain, ils se concertèrent et retirèrent leurs promesses. M. de Chazerat se livra aux plus vives menaces, et parla notamment de la suppression possible de la Cour des Aides, qui serait transportée à Moulins. Cette idée consterna les citoyens de Clermont. « Tout ce qu’il y avait de gens faibles et ambitieux, tant à la Cour des Aides qu’au présidial, s’empressa d’écrire à M. de Chazerat, pour lui demander une place, et bientôt, il ne resta plus qu’à installer la nouvelle compagnie et à la faire reconnaître par les tribunaux inférieurs [2]. » C’est alors que la partie s’engagea ouvertement, entre Maupeou et Chazerat d’une part, Montyon de l’autre.

Dès le mois de juillet 1770, l’intendant d’Auvergne, avait prétexté de son impopularité naissante et de ses services, pour demander son changement de province : la supplique qu’il avait rédigée à ce sujet lui était revenue, revêtue de l’approbation royale.

Mais quand il eut aperçu nettement le but où tendaient les efforts de ses ennemis et du chancelier, Montyon résolut de ne pas déserter ce qu’il considérait désormais comme un poste d’honneur ; en plein hiver, au mépris des « accidens de poitrine » qui l’affectaient cruellement, il partit pour sa généralité ; ce zèle inaccoutumé le mit plus que jamais sur le ton d’un

  1. Sur tous ces points voyez Flammermont, le Chancelier Maupeou et les Parlemens.
  2. Flammermont, op. cit.