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-rique, que l’effort humain avait inutilement essayé d’écarter.

Le 9 novembre cependant, l’horizon s’éclaircit. Le comte de Khevenhuller, ambassadeur d’Autriche-Hongrie, qui déjà en 1906 avait été, au terme de la conférence d’Algésiras, un messager de détente, vint apporter au quai d’Orsay la nouvelle que l’Allemagne se rendait aux argumens de la France. La justesse de notre thèse, la fermeté de notre attitude, l’intervention de François-Joseph, la situation de l’Orient, les difficultés intérieures dont Berlin était le théâtre, expliquaient une décision qui ne coûtait rien d’ailleurs à la dignité de l’Allemagne. Le 10, l’accord était établi sur la base même que la France avait suggérée dès le début. Les deux gouvernemens s’accordaient à regretter les événemens survenus à Casablanca le 25 septembre, ainsi que les « violences et fâcheuses voies de fait, » auxquelles ces événemens avaient amené des agens subalternes et, d’un commun accord, ils décidaient de soumettre le cas à l’arbitrage, s’engageant en outre à exprimer des regrets ultérieurs suivant la décision des arbitres. Le péril était conjuré. Et, à voir combien peu la solution pacifique du litige imposait de sacrifices réels aux parties en présence, on mesurait la coupable folie dont l’Europe tout entière avait failli devenir victime. Le risque, vu de près, semblait hors de proportion avec l’enjeu. Une sorte de dégoût montait aux lèvres de ce débat marocain, devenu pour les deux peuples une habitude irraisonnée, et qu’on sentait inégal à ses conséquences possibles. Le péril attaché au désaccord soulignait l’utilité de l’entente, que facilitait d’autre part la démonstration récente de notre force morale.

Cette entente vint plus tôt qu’on ne l’avait espéré. Et l’on mit à la préparer une ardeur qui témoignait de la conscience du temps perdu. Maintes fois déjà, depuis deux ans, des hommes de bonne volonté avaient cherché le moyen de régler l'affaire marocaine entre la France et l’Allemagne. En principe, rien ne s’opposait à ce règlement. L’Allemagne affirmait, — et cette affirmation, qui d’abord peut-être avait comporté des réserves, semblait désormais indiscutable, — qu’elle ne poursuivait au Maroc que des intérêts commerciaux. La France déclarait, — et elle l’avait prouvé à Algésiras, — qu’elle ne prétendait pas à un monopole économique. Il n’y avait donc pas conflit au fond. Mais dans la forme, mais moralement, l’habitude était prise de suspecter les intentions et de dénaturer les actes. Et chaque fois