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LA TRANSFORMATION DE LA CHINE.

de l’enseignement supérieur ; de même le Collège des Hautes-Etudes à Pékin. Quand on jugea les ressources en professeurs suffisamment abondantes et qu’on n’eut plus de doute sur le succès de la réforme, on se décida à la mesure radicale, à la mesure suprême. Par le décret du 2 décembre 1905 furent abolis les anciens examens, qui sont remplacés par de nouvelles épreuves conformes au programme moderne adopté pour les écoles. Ce décret constate, officiellement du moins, la fin de la Chine ancienne et l’avènement de la Chine nouvelle.

En même temps que se poursuivaient la réorganisation de l’armée et celle de l’enseignement, la réforme judiciaire était amorcée. Bien que, en théorie, la justice chinoise doive être gratuite et rapide, que de nombreuses précautions soient prises pour empêcher les abus, qu’il existe de nombreuses cours d’appel, que l’assistance judiciaire fonctionne, les Européens fixés en Chine s’accordent à reconnaître que l’administration de la justice, dans la pratique, est trop souvent partiale et entachée de corruption. Il se trouve des lettrés dont la principale source de revenus découle de procès et l’on a pu maintes fois faire ressortir la vénalité des mandarins qui sont, par suite de la non-existence d’un corps spécial de la magistrature, chargés de rendre la justice. D’autre part, le Code pénal édicté des peines fort sévères, quelquefois même très cruelles : le fouet ou rotin, la cangue, la marque, le bannissement, la mort par strangulation, décapitation, découpage par petits morceaux. Même la torture est couramment pratiquée. Aucune circonstance atténuante n’est admise, l’homicide par imprudence est puni de mort, un fou est condamné comme un homme sain. Les familles sont tenues pour responsables des crimes d’un de leurs membres et punies comme le principal coupable. Dans les prisons règne une malpropreté repoussante avec tous les inconvéniens de l’encombrement là où aucune mesure hygiénique n’est prise, et cet état est d’autant plus injustifiable qu’on y enferme témoins, prisonniers pour dettes en même temps qu’accusés. La création d’une magistrature spéciale et radoucissement des peines sont les deux points capitaux de la réforme judiciaire chinoise. Le gouvernement s’est essayé dans cette voie. En mai 1905, ont paru des édits qui suppriment la torture et proscrivent de n’appliquer la peine de mort qu’à des cas limités ; enfin, tout dernièrement, l’on a projeté de créer dans la Mandchourie des fonctions judiciaires, qui seraient