Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/104

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En voici un récent exemple, je l’ai sous les yeux. Un prospectus à peu près correct porte à sa dernière page la mention suivante : « Sur demande, il sera adressé un catalogue complet de librairie médicale et de livres spéciaux sur les passions, l’amour, les contagions, l’avortement, romans d’amour, etc. Nos catalogues sont adressés franco et discrètement, sous pli fermé. »

L’innocence peut s’y tromper, et ce n’est pas un moyen banal d’augmenter une clientèle de lecteurs nouveaux, que des expressions plus explicites pourraient faire reculer.

Le catalogue a été demandé. Il ne contient que des livres de la plus abjecte licence. Nous y reviendrons plus loin. Le délit est certain. Mais, comme la plupart des législations ne frappent que l’offre ou la vente publique, une poursuite est impossible.

Allant plus loin et pour se protéger plus sûrement encore contre toute répression, la plupart des annonces ne se font plus dans le pays, mais à l’étranger et avec référence à des intermédiaires résidant souvent dans des pays divers.

En voici un exemple découvert tandis que siégeait la conférence et dont la révélation n’a pas peu contribué à l’affermir dans ses résolutions. C’est un catalogue, en langue allemande, infâme celui-là, envoyé à un honorable négociant de Darmstadt et livré par celui-ci au Procureur général de cette ville. Il venait de Vienne (Autriche). Le timbre de la poste en témoignait. Aucune lettre n’y était jointe. Mais une enveloppe imprimée, préparée pour la réponse, portait le nom d’une maison de Marseille, et sur cette enveloppe, dans un petit cadre destiné à recevoir le timbre-poste, était imprimé, en cinq langues, le prix de l’affranchissement. Ainsi une maison française, non encore signalée dans son pays, écoulait ses produits par l’intermédiaire d’an agent autrichien dans cinq pays différens. Il serait facile de citer des faits semblables de la part de marchands étrangers, nous inondant par les mêmes procédés de leurs produits.

Un dernier trait de ces habiles combinaisons. La plupart des maisons importantes ont cessé de vendre dans leur propre pays. Elles ne font plus que l’exportation. A cela deux avantages : extension considérable de leurs débouchés, par conséquent de leurs profits, sécurité à peu près absolue.

Sur l’importance de leurs profits, sur les grosses fortunes qui en naissent, on émet parfois des doutes. Voici un