Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/140

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les offices de l’Église et les conférences d’une jeune Université privée qui possède une centaine d’étudians et une quinzaine de professeurs. A quoi bon parler de l’inquisition dont s’accommode la société ? On s’épie ; on s’interroge : « Es-tu moral, toi ? L’es-tu de la manière dont il faut l’être ? Ta parole porte-t-elle la bonne marque, la seule valable aux yeux des hommes et de Dieu ? » Il est trop évident que de pareils milieux offrent des primes à l’hypocrisie. Hâtons-nous d’en sortir pour ne pas nous exposer à confondre le masque et le visage. L’injustice serait d’autant plus criante que le caractère du Suédois est ennemi du mensonge et que souvent, dans les citadelles du cléricalisme, il se plie à la feinte uniquement par cette obéissance aux mœurs que lui semble exiger sa tranquillité intérieure.

Il est né hérétique si, pour employer la définition fameuse de Bossuet, l’hérétique est celui qui a une opinion particulière et qui s’attache à ses propres pensées. Converti assez tard à la religion du jeune Dieu que les Vikings appelaient le Blanc Christ, son éloignement de Rome l’a maintenu dans une solitude où son âme ne prenait de la foi nouvelle que ce qui cadrait avec sa rude humeur et avec l’âpreté de ses paysages. Qu’il ait planté sur le visage de son saint Olof la barbe rousse arrachée au dieu Thor et qu’il ait remplacé dans les mains de l’apôtre le marteau du Dieu par une hache symbolique : il ne faisait là que suivre l’exemple des autres peuples qui avaient déjà baptisé leurs vieilles idoles. Mais ses superstitions, dont les traces vivent encore, continuaient de l’isoler dans le monde catholique et respiraient puissamment au cœur de ses forêts. Elles n’étaient point affaiblissantes. Il s’en dégageait comme un farouche orgueil d’entrer directement et sans intermédiaire en communication avec la divinité. La liberté politique dont les tings lui avaient donné l’usage le prédisposaient à la liberté religieuse. En 1430, un évêque de Strängnäs, Thomas, composait, dans la forme liturgique des cantiques, un hymne sur la liberté, la « meilleure chose, disait-il, qu’on pût chercher par tout l’univers. » Il la compare à une tour où un gardien sonne du cor. « Si tu en sors et qu’elle tombe au pouvoir d’un autre, tu verseras des larmes !… L’Ancien Testament, comme le Nouveau, commande que la paix règne en chaque village, mais point de paix sans la liberté… Si tu tiens la liberté dans ta main, ferme bien ta main et noue autour de tes doigts de solides attaches, car la liberté ressemble