Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/216

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Leur âme épanouit son vaste essor si près
Des jardins que le soir a fleuris d’astres frais,
Qu’en eux l’univers brille et rayonne le monde ;
Et qu’ils ne savent plus, tellement est profonde
L’extase des vallons blancs de lys virginaux,
De quel gouffre ont jailli tant d’illustres fanaux ;
Et qu’ils ignorent même en leur immense ivresse,
Effleurés par le souffle errant qui les caresse,
Si ces groupes éclos sur l’azur sombre, essaims
Immuables, vols d’or figés en clairs dessins,
Dont jamais le voyage à nos yeux ne s’achève,
S’allument dans l’espace ou naissent de leur rêve.


L’HEURE HARMONIEUSE


Oui, je vous crois si près de mon cœur, sans vous voir,
Que votre pur visage illumine le soir.
Vous êtes là, penchée avec moi sur le livre
Qu’au hasard je feuillette et dont mon âme est ivre.
Et, par votre présence invisible, je sens
Les effluves de l’ombre errer, plus caressans,
Car je mouille soudain de larmes éphémères
La chaste volupté de nos vaines chimères.
Le jardin tiède où meurt le crépuscule bleu
Semble enclore en son mur le charme d’un aveu.
La colombe au sommet d’un platane envolée,
Mais qui laissa, légère, au sable de l’allée
L’empreinte de ses pas familiers, doucement
Vient d’exprimer ma peine en un gémissement,
Et sa gorge plaintive au moindre rythme ondoie,
Gonflant l’anneau d’azur qui ceint le col de soie.
Vous êtes près de moi, pensive, je le sais,
Quoique absente, et c’est vous qui sans doute versez
L’amour dont va s’emplir le silence nocturne.
Avant de se fermer, chaque fleur, comme une urne,
Boit l’exquise fraîcheur que le soir distilla,
Puis, jusqu’au jour s’endort, bien que vous soyez là,
Et déjà le repos envahit les corbeilles
Lasses de recueillir les secrets des abeilles.