Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/217

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L’ombre gagne et de plus en plus je me confonds
Avec sa molle extase et ses souffles profonds.
L’Angélus m’enveloppe un instant d’harmonies
Et, tutélaire à mes croyances rajeunies,
Le soir a les candeurs limpides du matin
Et ressuscite un peu de mon âge enfantin
Radieux de ferveur et de grâce ingénue.
Le mirage naïf en mes yeux s’insinue
D’une tendresse vierge et d’un premier émoi,
Parce que, sans vous voir, je vous sais près de moi.
A l’orient de nacre une étoile s’allume.
Vous êtes là. J’oublie enfin toute amertume,
Et ces vers de mon cœur tombent comme un fruit mûr
Se détache, et j’évêque, abrité par le mur
Du jardin nostalgique où le passé se glisse,
L’ancien rêve embaumé d’un suave délice.


SANCTUAIRES


Aujourd’hui comme hier sur l’autel allumée,
La veilleuse de verre a brûlé l’huile d’or,
Et, ce soir, un reflet fragile y tremble encor,
Près de s’évanouir en un peu de fumée.

Dans la nef solitaire elle s’est consumée,
Car lentement pâlit sa clarté mystique.
Or, Celui qui la conserve ainsi qu’un pur trésor
Va ranimer la flamme à l’heure accoutumée.

Il est des cœurs humains fidèlement obscurs
Qui, vivant de leur rêve à l’abri de hauts murs,
Demeurent clos au reste en quelque étroite enceinte ;

Mais, pour renouveler un sacrifice tel,
Invisible est la main qui verse l’huile sainte
Si la lueur défaille au virginal autel.