Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/22

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Quand la Pucelle fut blessée d’un trait d’arbalète à la cuisse, on l’emporta de force au camp royal. Le lendemain, 9 septembre, elle se lève de bon matin, fait venir le duc d’Alençon et déclare qu’elle veut recommencer l’attaque. Une bonne partie de l’armée, pleine d’entrain et de confiance, était prête à la suivre, on comptait sur des intelligences dans la place ; mais le duc de Bar et le comte de Clermont viennent vers la Pucelle et la somment de se rendre auprès du Roi resté à Saint-Denis : « Et aussy, de par le Roi, prioient au duc d’Alençon et commandoient à tous les autres cappitaines qu’ils s’en venissent et amenassent la Pucelle devers lui. La Pucelle et le plus de ceux de la compaignie en furent très marriz et néantmoins obéirent à la voulenté du Roy ;… ils s’en vindrent près du Roy. Le samedi ensuyvant, partie de ceulx qui avoient esté devant Paris cuidèrent, bien matin, aler passer la rivière de Saine audit pont ; mais ils ne pourent, pour ce que le Roy qui avoit sceu l’intention de la Pucelle, du duc d’Alençon et des autres de bon voulloir, toute la nuit fist dépecier ledit pont. Et ainsi furent demourez (empêchés) de passer. Ce jour-là, le Roi tint son conseil auquel plusieurs opinions furent dictes, et demoura audit lieu jusques au mardi XIIIe jour (de septembre), toujours tendant affin de retourner sur la rivière de Loire au grand desplaisir de la Pucelle [1]… »

Il fallait citer ce texte si précis, et que tous les autres documens confirment, pour bien dégager la cause immédiate de l’échec de Paris et les responsabilités directes du Roi. C’est toujours lui qui agit, c’est à lui qu’on s’adresse ; c’est par son intervention que les choses se décident.

Quels étaient les sentimens et les raisons qui déterminèrent Charles VII ?

D’abord, il s’était accordé aux trêves et c’était une question de bonne foi. Quoique le Bourguignon ne se fit pas scrupule de les violer, il invoqua la parole royale, quand il eut nouvelle de la tentative sur Paris et ordonna des mouvemens de troupes ; le duc de Savoie, intermédiaire patenté de ces arrangemens ambigus, protesta, jurant qu’il ne se mêlerait plus de rien.

En outre, les négociations pour la paix n’étaient pas rompues avec le Duc de Bourgogne : celui-ci les entretenait avec soin, ne

  1. Perceval de Cagny, ibid.