Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/220

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Ouvert tant de sillons qu’il n’en sait pas le bout,
Las de vaincre la terre et de lutter debout
Contre les élémens hostiles, mon robuste
Compagnon m’aperçoit, redresse un mâle buste
Que bientôt courbera le travail incessant,
Me contemple et ne peut exprimer ce qu’il sent.
Or, tous deux nous rentrons au logis en silence,
A l’heure où, familière, une cloche balance
D’harmonieux appels qui planent sur nos fronts ;
Et, dans une muette extase, nous offrons,
Avec l’encens épars des prières sonnées,
La résignation de nos deux destinées.


POUR UN JEUNE POÈTE


Vous trouverez, j’en suis certain, le cœur exquis
Par lequel votre cœur vierge sera conquis.
Pour que plus tendrement la nature y consente,
A la molle faveur de l’ombre envahissante
Vos yeux découvriront la femme au regard fier
Qui demain aimera comme elle aimait hier.
Vous verrez apparaître, en sa grâce ingénue,
L’humble enfant pour vous seul en ce monde venue ;
Car son rêve emplira le soir d’un souffle pur
Comme de l’harmonie éparse en de l’azur,
Et plus clair tintera le nom dont on l’appelle
Qu’un hymne de clochette au seuil d’une chapelle.
Or, ce sera, j’en suis sûr, au déclin d’un jour
Amoureux de lumière et lumineux d’amour
Que vous rencontrerez Celle au fond de qui pleure
Un désir d’infini dans le néant de l’heure,
Celle dont ici-bas le moindre effleurement
Caresse les douleurs mystérieusement.
A l’instant vague où vont sur les guérets s’épandre
Les sons voluptueux du roseau de Terpandre ;
Où le rayon par l’arbre est finement bluté,
Elle vous charmera soudain de sa beauté.
Une lune de nacre échancrée et pâlie
Veloutera le ciel de sa mélancolie.