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volonté, une seule, absolue, et qui a le droit de l’être, commander au nombre et s’en faire obéir.


La saison, — non plus l’italienne, mais la française, — a fini par une double et nationale erreur. Deux de nos chefs-d’œuvre, et non des moindres, ont souffert quelque injure : l’un de poésie, bien qu’en prose, et l’autre de musique. Ils se nomment On ne badine pas avec l’amour et la Damnation de Faust.

Le plus connu des proverbes de Musset a été adapté à la scène. Ainsi jadis un certain Procuste adaptait les gens à son lit. On nous opposera certains arrangemens antérieurs, au même théâtre, et du même Musset : Fantasio naguère et, dernièrement, le Chandelier, devenu Fortunio. Celui-ci (nous avons oublié l’autre) ne devint pas tel sans dommage, encore que le sujet, moins difficile à transposer, eût été « retouché » par des mains plus habiles ou plus délicates. Mais On ne badine pas avec l’amour a pàti mal de mort. Nous ne saurions même plus dire avec Perdican : « J’avais emporté dans ma tête un océan et des forêts et je retrouve une goutte d’eau et des brins d’herbe. »

La musique, il est vrai, qui peut toujours être la plus forte, aurait pu, cette fois encore, tout absoudre, tout racheter, l’irrévérence même et jusqu’au sacrilège. Elle n’y a pas réussi. Dans ce qui devait être le fond, la substance de l’œuvre (je parle du drame et de l’idylle qui forment le funeste badinage d’amour), il n’y a rien de sommaire et de vide. Nulle part n’est sensible, ou du moins développé, le contraste entre les deux élémens ou les deux faces du sujet. De celui-ci tout parait non seulement restreint, mais pressé et comme tassé. Les scènes de passion entre Camille et Perdican se réduisent aux éclats d’une brusque, spasmodique et superficielle violence. Et puis, pas un seul « morceau, » je ne dis pas de bravoure, mais de lyrisme, lyrisme d’orgueil ou lyrisme d’amour, quand il y en avait, dans l’un et l’autre genre, pour l’un et l’autre personnage, tant et de si beaux à écrire. Les strophes mêmes du « chœur, » les plus spirituelles comme les plus poétiques, se sont écourtées, appauvries, jusqu’à n’être plus, au lieu d’effusions abondantes, que de maigres et sèches esquisses. La figure peut-être la plus dessinée, celle de Rosette, ne l’est cependant que d’un trait assez banal, et surtout monotone, par un thème d’allure populaire ou paysanne, et qui ne suffit pas.

Mais du moins la fin du premier acte, le revoir de Perdican et des villageois témoins, amis de son enfance, est une charmante chose La