Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/349

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centrale que surmonte un grand lustre de cristal et qu’entoure une ceinture de réflecteurs électriques, destinés à illuminer et à colorer la fontaine. Le premier ministre me conduit à un divan et nous causons un instant. Je lui dis toute la joie que j’éprouve d’avoir pu visiter son beau pays ; je me montre particulièrement ravie de Katmandou qui se distingue de toutes les autres villes indigènes d’Orient par son air de capitale. Sir Chandra Shum Sher, comme disent les Anglais, qui donnaient déjà ce titre à Jang Bahadour, très fin, très courtois, lit et parle l’anglais facilement, reçoit des journaux, s’intéresse aux affaires extérieures, s’occupe lui-même de son armée qui est, me dit le Résident, de 45 000 hommes ; il rend la justice et contrôle l’administration.

Ses fils me conduisent chez la Maharani et me servent d’interprètes, car elle ne parle que le parbatya, la langue des Gourkhas et de tous les peuples de la montagne, les Parbatyas ; langue et peuple ont le même nom. Dans une galerie qui se développe au second étage, le long des appartemens, j’entrevois, en passant, un lit de parade, puis j’entre dans un grand salon. Là, sur un large canapé placé au milieu de la pièce et faisant presque face à l’entrée, une femme est assise comme dans un nuage bleu. Elle se lève pour me recevoir ; après échange de salutations et de sourires, elle me fait asseoir auprès d’elle et se rassied sur ses jambes. Elle paraît émerger de deux ballons en satin bleu pâle, recouverts d’une robe à rayures tissée en Europe, de gaze plus pâle encore et qui « mousse » autour d’elle. Les manches, au contraire, d’une légère étoffe orientale, sont assez collantes. Ses grands yeux de Junon sont agrandis encore par un cercle noir. Vraiment, je me plais, moi, dans ma toilette de voyageuse, à contempler sa riche parure de diamans qui représentent peut-être une valeur d’un ou deux millions. Son buste disparaît sous une rivière à trois rangs de pierres d’une grosseur peu commune, tandis qu’un beau pendentif orne son cou ; deux grands nœuds Louis XV, rapportés récemment d’Angleterre, et si étonnés de se trouver au Népal, font fête à ses épaules. Sur les tempes et jusqu’au-dessus de la nuque, des diamans soulignent encore la majesté du haut diadème qui couronne la tête. Bien qu’elle ait le profil légèrement asiatique, elle me paraît charmante dans la splendeur de ses dix-huit ans. J’ai pu sans flatterie en faire compliment au Maharaja, qui s’en est montré fort satisfait.