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l’un à l’autre la responsabilité des échecs. Philippe n’a pas pardonné au gouvernement anglais sa conduite dans l’affaire de Jacqueline de Bavière, ni les hautains propos de Bedford sur « les oisillons. »

Il est menacé d’un autre côté. La grandeur bourguignonne a effrayé l’Allemagne. L’empereur Sigismond, sollicité par Charles VII, s’est prononcé. Le duc va être pris à revers et serré entre les deux pinces de la tenaille. Avec un Etat à peine constitué, c’est le péril qui l’effraye le plus. Le Pape et le concile de Bâle (depuis que l’affaire des bénéfices ecclésiastiques est arrangée avec la France) réclament la paix ; c’est une autorité qui ne peut plus être tout à fait méprisée.

Le plus simple est d’en venir aux réalisations immédiates. Charles VII s’est arrangé avec le duc de Bretagne ; inlassable, il fait de nouvelles ouvertures à la Bourgogne et à l’Angleterre, dans le sens d’une pacification générale. L’Angleterre elle-même semble comprendre que les temps sont changés.

Une trêve de deux ans est signée à Chinon entre Bourgogne et France, le 8 septembre 1431 ; et, le 31 décembre, sous les auspices des légats du Pape, est conclu, à Lille, entre France et Angleterre, un arrangement qui permettra de travailler à la consolidation de la paix définitive [1].

Tout cela se passe dans l’année même de la mort de Jeanne d’Arc. Tel était l’effet immédiat, direct, de son action et de son intervention à Compiègne.

On sait comment le revirement, une fois commencé, devait évoluer jusqu’au bout. A la Cour de France, La Trémoïlle et ses partisans sont balayés. La reine Yolande ramène Richemont aux affaires. Le connétable, pour qui la leçon n’a pas été perdue, reprend exactement la politique de Jeanne [2] : négocier en combattant. Energique organisateur des forces françaises, ce rude soldat éduque la volonté de Charles VII, comme Jeanne d’Arc avait éduqué sa confiance.

Philippe le Bon sait que Richemont et le parti des grands lui offrent les plus sérieuses garanties pour la conclusion d’une paix honorable et avantageuse. Il sait que les dispositions sont telles en France qu’on lui fera le maximum de concessions territoriales, et c’est là, à ses yeux, le principal. Le

  1. Beaucourt (II, p. 43).
  2. Cosneau, le Connétable de Richemont, (p. 209 et suivantes.)