Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/430

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les Mexicains ne pouvaient planter de la vigne, par égard pour les paysans de la métropole ; toutes manufactures étaient interdites. Le commerce appartenait à quelques maisons privilégiées de Mexico, de Lima d’une part, de Séville, Cadix et Barcelone, de l’autre ; jamais les colonies n’étaient intégralement fournies de ce qui leur eût été nécessaire ; de la sorte, la demande était toujours active, et les prix restaient hauts. La contrebande était le seul remède à ces excès ; les coloniaux se réjouissaient lorsque l’Espagne était engagée dans une guerre, parce que ses croisières n’inquiétaient guère alors le commerce prohibé.

Quelle pouvait être la valeur, politique ou économique, de sociétés ainsi tenues en tutelle ? Evidemment très faible ; la métropole elle-même ne tirait aucun profit réel de la possession de cet immense empire, « sur lequel le soleil ne se couchait point. » Elle n’attachait d’importance qu’à l’exploitation des mines ; mais l’or et l’argent ne faisaient que traverser son territoire, attirés par tes pays manufacturiers. Tout le régime de ses relations coloniales était subordonné à la production des métaux précieux et à leur transport eu Europe ; le commerce régulier de toute l’Amérique espagnole, au XVIIIe siècle, ne dépassait pas 25 ou 26 000 tonneaux, à peine le chargement de cinq paquebots modernes de taille moyenne. Ces transactions n’intéressaient qu’un petit nombre de résidens coloniaux et laissaient tous les autres indifférens à la métropole, sauf pour frauder plus ou moins ouvertement ses lois. Dans l’Amérique hispanisée, des villes sont éparses, où se concentre la vie officielle et ce qui en dépend de vie mondaine ; le gouvernement a organisé, tant bien que mal, le travail des indigènes dans les mines, il borne là son ambition, ne se proposant ni d’aménager le sol, ni d’instruire les hommes ; il voudrait maintenir, dans toute leur rigueur, les compartimens sociaux qu’il a inventés, comprenant que cette armature fragile et toute superficielle est, en somme, son seul point d’appui. La division civile, le morcellement des classes, tel fut, dans l’histoire américaine, le mot d’ordre opiniâtre et malheureux de l’administration espagnole.

Il n’est pas vraisemblable que le nombre des Espagnols passés en Amérique, de la découverte à l’émancipation, ait jamais été considérable ; lors de son second voyage, Colomb emmenait avec lui environ quinze cents hommes, répartis entre trois vaisseaux et quatorze caravelles (1493), la plus grande flotte dont il