Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/497

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prophéties, les révélations « occultes, » les sortilèges, le vêtement d’homme, la redoutable formule Jhesu Maria, la visite au Roi, le saut de Beaurevoir, qu’on veut faire passer pour une tentative de suicide, l’affirmation qu’elle ira en Paradis, la partialité de Dieu et des saintes contre « certaines personnes » et contre les Anglais, le rôle imposé à la Divinité, aux saints du Paradis, aux anges, et enfin, dans le douzième et dernier article, l’incrimination capitale, la responsio mortifera : « Cette femme ne veut point s’en référer à la décision de l’Église militante, ni à celle de qui que ce soit au monde, mais au seul Dieu. Elle persiste, quoique, par les juges et autres assistans, l’article de foi : « l’Église une, sainte, catholique, » lui ait été souvent rappelé… »

Le 13 avril, délibération commune et avis particulier de chacun des juges et assesseurs. « Cette femme, dit la délibération générale, soutient des choses allant contre l’unité, l’autorité et le pouvoir de l’Eglise. Elle est suspecte d’errer dans la foi si elle pense que les articles de la foi ne méritent pas plus de créance que celle qu’on croit donner à ceux qu’elle dit lui avoir apparu… » Tous se portent aux opinions les plus sévères, sauf quelques nuances et, de la part de quelques-uns des juges, un appel timide à l’Eglise romaine et au concile général (Jean Alespée, Jean Basset, Raoul Sauvaige).

Jeanne est malade. Cauchon et plusieurs docteurs la visitent dans sa prison (18 avril). Peut-être tirera-t-on d’elle quelque chose à cette heure critique. — « Il faut vous soumettre à l’Eglise, lui répète-t-on ; sans cela, vous ne serez pas mise en terre sainte. » Mais, elle : — « Je crois, vu le mal que j’ai, que je suis en danger de mort. Mais je n’ai, pour le moment, rien autre chose à vous dire. Quoi qu’il doive m’advenir, je ne ferai ni ne dirai autre chose que ce que j’ai déjà dit dans le procès. Si mon corps meurt en prison, je m’attends que vous le fassiez mettre en terre sainte ; si vous ne l’y faites mettre, je m’en attends à Dieu. »

Pour une croyante, cette résignation est plus émouvante que le sacrifice de la vie ; mais sa résolution prouve à quel point elle est consciente.

Les juges abusent ; ils la poussent ; elle répond : — « Je suis une bonne chrétienne, j’ai été baptisée, je mourrai en bonne chrétienne. » On ne peut en tirer autre chose.

Le 2 mai, en présence de soixante-trois assesseurs, une première admonestation lui est adressée « en langue française. »