Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/521

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concile. Élu des Bourguignons, des Anglais, des Allemands, Martin V, tout pondéré et raisonnable qu’il fût, ne devait l’oublier jamais, car ce sont des choses qui ne s’oublient pas.

L’élection de Martin V est accueillie diversement en France ; les fidèles se réjouissaient, malgré tout, de voir la fin du schisme. Mais Paris, qui était Armagnac alors, fut dans un sentiment contraire ; car, dit Monstrelet, « on doubtoit que icelluy nouvel Pape et le roy d’Alemaigne ne feussent plus favorables au roi d’Angleterre et au Duc de Bourgogne que au roy de France et au Conseil royal. »

Ce n’est pas le lieu de rappeler l’histoire des relations de la France et de la Papauté pendant le pontificat de Martin V. En fait, cette histoire est double et même triple ; je veux dire qu’il y a, en France, trois politiques opposées (sans compter pelle des méridionaux restés fidèles au Pape déposé par le Concile, Pierre de Luna, Benoît XIII) : il y avait une politique armagnaque qui, avec des atténuations, devint celle de Charles VII ; il y avait une politique bourguignonne, et il y avait, enfin, une politique anglaise, qui n’était pas seulement continentale, mais, en partie aussi, insulaire. Chacun de ces pouvoirs avait ses représentans auprès de la Cour romaine, faisait assaut de belles paroles, de bons procédés et même parfois de sacrifices réels pour gagner sa faveur. Le Pape était obligé de ménager ces forces concurrentes, ayant besoin de chacune d’elles et des ressources que la Cour romaine tirait de leurs territoires.

Au moment où la Papauté est à peu près seule à penser au péril imminent dont l’invasion des Turcs menace l’Europe (prise de Salonique par le sultan Mourad, 1430 ; prise de Janina, 1431) ; au moment où il faudrait, à Rome, des hommes et de l’argent, pour lutter contre les Hussites (défaite du cardinal Cesarini à Tauss, 14 mai 1431) ; au moment où le délabrement général de la Chrétienté demanderait des sacrifices indéfiniment renouvelés, le Pape voit se dresser contre lui les revendications des Églises locales ; on lui refuse les subventions sous toutes les formes ; en France, il se heurte à ces fameuses « libertés de l’Église gallicane. » Charles VII a besoin d’argent lui aussi ; il défend le clergé français, le « contribuable » français, les corporations françaises contre les « empiétemens, » les « exactions » de la Cour de Rome.

Le régent d’Angleterre et le Duc de Bourgogne profiteront habilement de cette situation et ils trouveront de savans