Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/522

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tacticiens, comme Cauchon et Jean de La Rochetaillée, pour agrandir la fissure et envenimer la plaie entre le représentant de la dynastie légitime et la Papauté restaurée. Ce qui ne fait pas doute, c’est que l’accord ne cesse de régner entre le Saint-Siège et le gouvernement anglais, notamment au sujet des affaires de France. En 1428, en 1429, Martin V autorisait Bedford à exiger du clergé de nouveaux subsides. Le cardinal de Winchester et le P. Cauchon furent les intermédiaires de cette politique.

Du côté de Charles VII, les relations restent difficiles. En présence de la faveur dont jouissent, à Rome, l’Angleterre et la Bourgogne, Charles VII conclut bien, avec Martin V, un accord qui est comme la première esquisse d’un Concordat ; Regnault de Chartres en fut le négociateur (août 1426). Mais l’accueil fait à ces laborieux arrangemens fut toujours froid. Le gallicanisme parlementaire et le gallicanisme épiscopal se refusèrent à ces concessions politiques du gallicanisme royal. La France de Charles VII boudait Rome et restait grosse de la fameuse « Pragmatique Sanction de Bourges, » — l’acte qui devait blesser la Papauté à la prunelle de l’œil [1].

Tels sont les rapports de la France et de Rome, au moment où Jeanne d’Arc arrive à la connaissance des choses ; et si sa mère, la pèlerine, si les moines mendians qui circulaient dans le pays, si les étrangers qui voyageaient le long de la vallée de la Meuse, parlent à voix basse de ces questions anxieuses, au foyer ou sur la borne de la route, ils disent que le pouvoir papal est mal rétabli et incohérent, qu’il témoigne de dispositions peu favorables à la France, en un mot, qu’entre le glaive temporel et le glaive spirituel, les relations ne sont pas ce qu’elles devraient être pour le bien du monde et du pays. Le malentendu, plus ou moins atténué, se prolongea longtemps, de même que la vieille querelle dura entre Romains et Français :

<poem> Sire, je suis passé par Rome, Où j’ai ouy, par plusieurs foys, Parler, aux Rommains, des Françoys ;

  1. Voyez Noël Valois, Histoire de la Pragmatique Sanction de Bourses, 1906, p. XXXIII ; et mon étude Essai sur les libertés de l’Église gallicane, 1888, p. XXXV-XL. — Sur les sentimens de Martin V à l’égard du duc de Bedford, du Duc de Bourgogne, de P. Cauchon, voyez l’ensemble des documens émanant de ce Pape et publiés par Siméon Luce, Jeanne d’Arc à Domremy (p. 127, 149, 191, etc.).