Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/587

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scientifique n’existe pas en chinois. Pour l’écrire, il faudrait inventer de nouveaux caractères. L’enseignement doit donc être donné en anglais et les Chinois ne savent pas encore l’anglais. Les Japonais ont dû l’apprendre avant d’assimiler nos sciences. D’ailleurs, la plupart de ces étudians reviennent avec la conviction d’une supériorité qui doit leur ouvrir l’accès des plus hautes positions. Le professorat est par cela même dédaigné et accepté seulement comme pis-aller. Presque toutes les puissances veulent faire de la Chine le bon client qui absorbera leur marchandise sans trop vérifier sa qualité. Les effets de leur concurrence effrénée se font sentir jusque sur les étudians. La Chine devait aux Etats-Unis 20 millions de dollars comme indemnité des pertes causées par les événemens de 1900. Le gouvernement de Washington a renoncé à les exiger, sous la condition qu’une partie de cette somme serait consacrée à l’enseignement et que l’autre servirait à donner des bourses aux jeunes gens qui viendraient faire leur éducation aux Etats-Unis. Maintenant ceux-ci abondent dans les Universités américaines, qui, par flatterie, reconnaissent les diplômes de l’Université de Pékin comme égaux aux leurs. Les jeunes Chinois reviennent dans leur pays avec tous les diplômes qu’ils désirent. D’après les journaux des Etats-Unis, aux derniers examens de telle ou telle Université, les Chinois se sont montrés très supérieurs aux meilleurs élèves. L’engouement se comprend et les commandes affluent. Mais si la Chine ne trouve pas ainsi des professeurs, elle a en revanche organisé un personnel révolutionnaire dont l’action ne tardera pas à se faire sentir. Le Chinois qui revient de l’étranger ne supporte plus ni avis, ni contrôle, ni intervention. La discipline de la philosophie confucienne a disparu pour faire place à des idées anarchiques. L’ancien état mental n’est plus et, dit un rapport chinois : « Ils sont entraînés par les idées nouvelles à des vues extravagantes et extrêmes à leur détriment et à celui de leur patrie. Le mal est grand, vu leur influence, attendu qu’ils appartiennent aux plus hautes classes et à toutes les régions de la Chine. » Dans les provinces, les étudians deviennent turbulens et dangereux. Us parlent maintenant de leurs droits et de leurs privilèges. Les mandarins affichent vis-à-vis d’eux une bienveillance douteuse, cause partielle de leur provocante attitude et de leurs désordres. La froideur croissante du peuple à l’égard des étrangers doit leur être attribuée. Les