Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/599

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les lignes projetées, en les estimant en moyenne à 150 000 francs le kilomètre, matériel, bâtimens et ateliers de réparation compris, il faudrait 2 milliards 350 millions. Même en répartissant cette somme sur une longue période, il n’est pas possible à la Chine de trouver chez elle les capitaux nécessaires ; il faut donc s’adresser à l’étranger. Mais les populations, les étudians surtout, protestent contre tout emprunt extérieur. — Nous ne voulons pas nous mettre à la merci des puissances occidentales, disent-ils. Sur cette question une agitation menaçante s’est déjà produite dans certaines régions. La question sera peut-être résolue en formant des syndicats de notables capitalistes chinois qui souscriront les emprunts.

Ils prendront l’argent où il sera offert aux meilleures conditions. La France est destinée à en fournir une partie, soit directement, soit indirectement. Dans ces conditions, aucune garantie d’intérêt n’est possible. En admettant l’honnêteté des syndicats, les capitaux engagés n’en sont pas moins exposés à la ruine. Toute exploitation entre des mains chinoises est vouée au désastre. On peut être sûr que, dans les frais de construction, des sommes énormes seront dilapidées. Les établissemens financiers sont toujours disposés à souscrire aux emprunts. Ils les offrent à un taux permettant de placer les titres dans leur clientèle avec une majoration de plusieurs points. Leurs bénéfices sont donc toujours sûrs. Ils feront ressortir l’honnêteté proverbiale des Chinois, la richesse de l’Empire, qui n’a besoin pour se développer que de capitaux. Us offriront un gros intérêt et feront entendre que l’Etat, avec sa faible dette de 2 ou 3 milliards, ne peut pas s’exposer à se voir imposer la restitution par la force. L’épargne est très friande des emprunts d’Etat. Elle estime qu’ils doivent inspirer toute confiance. L’exemple de l’Argentine est oublié. En Europe et aux Etats-Unis, l’argent sera trouvé, mais il sera compromis. Seule une administration financière régulière et honnête autoriserait un tel risque. Sera-t-elle jamais organisée ? En ce moment, personne ne peut prévoir quand et comment.

Le fait suivant peut servir à illustrer le point de vue des sociétés financières. A la fin de 1908, un emprunt était nécessaire pour construire les sections du Hou-pé et du Hou-nan de la future grande ligne Hankow-Canton. L’ancien vice-roi du Hou-Kouang, Tchang-tche-tong, conseiller du prince régent et à