Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/600

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cette époque le personnage le plus influent de la Chine, s’était fait donner antérieurement la direction supérieure de la construction. Il s’adressa à la finance anglaise. Celle-ci avait rendu service au gouvernement chinois en 1905 en lui prêtant dans de bonnes conditions environ 38 millions, pour racheter la concession du chemin de fer, accordée à un groupe de financiers américains, l’America-China development Company. C’est en reconnaissance de ce service que l’ancien vice-roi s’adressait à l’Angleterre. Celle-ci, en vertu d’un accord anglo-français de 1906, nous associait par moitié à cet emprunt aussi bien pour le capital que pour le matériel à fournir. La Société devait être anglaise ainsi que son président. Il était d’ailleurs utile qu’il en fût ainsi, parce que ni le vice-roi, ni les classes dirigeantes ne montrent de la sympathie pour notre pays. L’attitude de plusieurs de nos fonctionnaires au Tonkin, vis-à-vis des révolutionnaires chinois, en est cause, La Presse manifeste fréquemment sa malveillance à notre égard. Elle représente la France comme pressurant les populations annamites et comme n’ayant plus qu’une position militaire et diplomatique inférieure. La finance anglaise, sollicitée par Tchang-tche-tong, déclara qu’elle ne pouvait prêter qu’avec le droit de contrôle et de veto sur les dépenses. Tout prélèvement d’argent dans les banques devait être autorisé. C’est le système suivi dans la construction du chemin de fer de Kaowlung (en face de Hong-Kong) à Canton. Le directeur est Chinois, mais l’ingénieur en chef et l’administrateur, qui sont Anglais, peuvent seuls autoriser le directeur à toucher l’argent nécessaire. Cette résolution était motivée.

Les Chinois ont commencé à construire le chemin de fer de Shang-haï à Hang-tchéou et de Canton à Hankow en ne laissant presque aucun contrôle aux porteurs de titres. Alors le kilomètre construit est revenu à des prix excessifs ; tout est désordre et malversation. Les actionnaires chinois, groupés par région et par coteries, se disputent l’administration et les commandes locales de matériel, l’argent est gaspillé, il se forme des sociétés syndicales qui défendent leurs intérêts par le boycottage, quelquefois même par la destruction. Les Chinois ont renvoyé le personnel européen sans pouvoir le remplacer, et les quelques ingénieurs conservés sont réduits à l’impuissance. Les propositions anglaises n’ont pas été acceptées. Les Chinois veulent un contrat analogue au système de l’emprunt anglo-allemand du