Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/634

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« doctrinaire-libérale, » selon sa propre expression, et la précipitation du roi Guillaume à se parer du titre impérial qui en bonne justice ne devrait être ni sa glorification personnelle, ni même celle de la Prusse, mais un pur symbole de fusion nationale, lui laisse une impression défavorable. Le monarque vainqueur aurait dû « attendre la fin de la discussion bavaroise et convoquer des gens en frac, des députés, non pas des militaires ! » Cette ère nouvelle de liberté et de loyalisme allemand dont elle rêvait la veille, elle ne l’attend plus que du prince royal de Prusse (le futur empereur Frédéric) et des penseurs de la nation. Alors seulement, dit-elle, l’humanité aura accompli par l’entremise de l’Allemagne un progrès collectif et pourra recueillir le fruit de tant de sacrifices ! Enfin, elle rend quelque chose de sa sympathie à Napoléon, l’homme « sans peur et sans reproche, » qui avait du moins foudroyé le monstre insurrectionnel en 1848 et qui fut, en 1870, victime de l’ignorance des classes inférieures françaises, ignorance exploitée contre lui par le mensonge, la haine et l’envie des partis du désordre !

Après quoi, comme elle est femme, aisément distraite des pensées graves, et sensible aux spectacles éclatans, elle applaudira de bon cœur à la rentrée triomphale des troupes prussiennes à Berlin. Elle admire la belle prestance du général (plus tard feld-maréchal) de Loë, son cousin, dont elle laisse entendre à cette occasion qu’elle aurait pu l’épouser jadis : elle trouve son vieil ami Guillaume rajeuni et embelli par le succès. On reconnaît une fois de plus en cette occasion que ses parentés comme ses intimités la préparaient mal au rôle d’arbitre équitable entre la France et ses adversaires de l’Est. Si nous savons lui tenir compte de cette circonstance largement atténuante ainsi que des retours de pitié ou de sympathie dont sa correspondance porte témoignage, nous détournerons plus facilement notre attention de son animosité passagère à notre égard pour la reporter sur ce qui demeure attrayant, franchement humain dans le spectacle de cette brillante et remuante existence.


V

Les qualités de son cœur ne furent pas indignes en effet de celles qui paraient son remarquable esprit : la bonté, la libéralité débordante, excessive, aveugle même, telle est la vertu que