Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/687

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budget de l’Église catholique. Mallinckrodt résuma le programme du Centre en trois articles : affirmation stricte du droit positif et historique, liberté des confessions, fédéralisme, et demanda si c’était nier l’État que de faire opposition au chancelier. Bismarck tira de sa poche une affiche silésienne qui recommandait de réélire au Reichstag, contre le duc de Ratibor, le vicaire Millier, invalidé, et qui signifiait aux pères de famille qu’il était plus que jamais nécessaire d’envoyer, dans les assemblées politiques, des catholiques sans peur, de crainte que les petits Allemands ne devinssent des païens ; et Bismarck en conclut, triomphalement, que « sur le drapeau de recrutement du Centre, il y avait la confession et rien que la confession. » Ainsi se resserrait, dans l’enceinte de la Chambre prussienne, le duel entre Bismarck et le Centre.


IV

Il y avait dans ce parti quatre incomparables tribuns : Windthorst, Mallinckrodt et les deux Reichensperger.

Un très grand crâne sur un tout petit corps, avec deux tout petits yeux, faibles mais fouilleurs, et une bouche large que le moindre accès de rire écarquillait encore : voilà Windthorst. Il semblait que la nature, en modelant son masque, eût voulu faciliter la besogne des caricaturistes débutans, et leur offrir un modèle très simple, très saisissable, un modèle dont on eût dit qu’il leur faisait une avance. Tout court, tout fluet, sa démarche le dissimulait, non moins que sa taille ; il fallait que le regard plongeât d’en haut, entre les lignes serrées d’épaules humaines, pour apercevoir, à mi-côte de toutes ces statures, cheminant au bras d’un collègue complaisant, le député Windthorst. Ministre du royaume de Hanovre, au temps où ce royaume existait, il avait bien servi son Roi protestant et bien défendu les intérêts catholiques. Particulariste intransigeant, il avait, de 1867 à 1871, siégé comme sauvage dans les assemblées de la Prusse et de l’Allemagne ; et puis il avait apporté au Centre son concours, qui promettait d’être une force, et son nom, qui menaçait d’être une faiblesse. Car le passé politique de Windthorst permettait à Bismarck de dire au Centre : Vous obéissez à un ennemi de l’Empire, — et de dire à Windthorst : Chef d’un parti de défense religieuse, vous êtes, en votre for intime,