Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/701

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entraîner pour les prêtres coupables, surtout s’ils étaient Polonais, la perte de l’inspection. On allait d’ailleurs lentement, faute d’argent et faute d’hommes ; on n’avait pas sous la main de bons inspecteurs laïques. Mais on prenait l’habitude, — ainsi le comportait l’esprit de Falk, — de n’avoir pas égard à la confession des laïques qu’on investissait de hautes attributions scolaires ; et l’on s’exposait, ainsi, à d’étranges anomalies, non moins choquantes, parfois, pour les protestans que pour les catholiques ; telle, par exemple, la nomination d’un conseiller scolaire catholique dans un ressort d’où dépendaient les gymnases d’Eisleben et de Wittenberg, deux villes saintes du luthéranisme. Falk, si discret fût-il encore, inquiétait les deux Eglises ; les conservateurs et le Centre voyaient en lui l’ennemi.

Sa dialectique jacobine, s’exerçant dans les questions purement ecclésiastiques, les rendait systématiquement irritantes et même insolubles. Il ne devait pas être dit que devant l’évêque Krementz, l’Etat avait reculé. On avait dispensé les petits catholiques de suivre les cours du prêtre vieux-catholique Wollmann ; mais lorsque Krementz excommunia solennellement Wollmann et le professeur Michelis, Falk lui signifia, le 11 mars, que l’excommunication, en raison de ses effets civils, ne devait pas dépendre de la seule autorité ecclésiastique, et que l’Etat pourrait être amené à cesser de le reconnaître comme évêque. Menace singulièrement grave ! Krementz, ancien curé de Saint-Castor de Coblentz, avait l’estime de l’Impératrice ; l’Empereur lui-même, dans une lettre personnelle, lui demandait de prier afin que l’agitation eût une solution pacifique, pour le salut commun de l’Eglise et de la patrie ; et Falk, avec des considérans juridiques, faisait le geste de briser sa crosse. Le prélat répondit, le 30 mars ; il nia que les peines d’Eglise pussent entacher l’honneur civique. « Je n’ai fait qu’observer le droit canon, disait-il ; s’il y a contradiction entre ce droit et celui de l’État, c’est aux autorités suprêmes, Empire et Papauté, d’aplanir la difficulté ; mais dans les choses de foi, j’ai le devoir, moi évêque, d’agir avant tout d’après les règles ecclésiastiques. »

Il semble que cette lettre fut une révélation pour Falk. Devant le droit dont il était le représentant, un autre droit se définissait ; devant sa juridiction ministérielle, la liberté spirituelle s’affirmait. Krementz avait des imitateurs : à Cologne, l’archevêque Melchers excommuniait quatre vieux-catholiques, sans la