Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/702

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permission de Falk. Il y avait un service en Prusse où jamais on n’avait désobéi : c’était l’armée, et voici qu’au nom de la liberté spirituelle, Namszanowski, évêque de l’armée, punissait, sans prévenir l’Etat, un de ses subordonnés vieux-catholiques ; voici même qu’à l’encontre des ordres du ministre Roon, il faisait suspendre le culte, à Cologne, dans l’église de Saint-Pantaléon, que l’Etat prétendait ouvrir, durant certaines heures, à la liturgie des vieux-catholiques ; Roon insistait, Roon s’irritait, et Namszanowski répondait : « Je consulte le Vatican. » Ce n’était plus seulement l’obéissance civique qui se subordonnait au Vatican, mais c’était la discipline militaire, aussi inviolable, d’après Roon, pour l’aumônier que pour l’officier.

On écoutait, au loin, dans les petites Cours, l’accent qu’affectaient Falk et Roon ; on essaierait bientôt de l’imiter. « La Prusse devrait bien me prendre Moufang et Ketteler, s’écriait en plein dîner, le 24 mars, le grand-duc de liesse : là, on saurait bien en finir avec eux, et ils seraient moins dangereux. »

Mais c’était en Prusse, surtout, que l’Eglise devait prendre immédiatement de rapides décisions pratiques, et dès le 1er avril, les évêques du royaume accoururent à Fulda. Les yeux fixés sur le tombeau de ce Boniface qui avait fait de la Germanie païenne un pays chrétien, ils écrivirent à Falk, très dignement, que, tout en maintenant leurs protestations, ils continueraient à remplir « leurs devoirs en ce qui concernait la paix entre l’Eglise et l’Etat, autant qu’il était en eux, et leurs devoirs envers les croyans confiés à leur charge, spécialement envers les enfans. » De sages instructions, concertées pour leurs prêtres, fixaient la conduite à suivre parmi les diverses difficultés auxquelles pouvait donner lieu la législation scolaire nouvelle. En Bade, peu d’années auparavant, l’Eglise tourmentée dans l’école s’était immédiatement retirée ; elle gardait, en Prusse, sans esprit de fronde inutile, toute la part qu’on lui laissait. Les évêques se préoccupaient, aussi, des conflits soulevés par les excommunications ; leur droit leur semblait d’autant moins discutable, qu’aucun effet civique ne succédait à leurs sentences ; mais, en fait, ils décidaient de s’abstenir, provisoirement, de toute censure formelle contre les laïques hostiles au Concile. Rien de provocateur dans cette attitude ; ils cédaient tout ce qu’ils pouvaient céder ; ces évêques étaient des pacifiques… Mais la presse bismarckienne continuait à les rendre responsables des excès de