Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/703

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langage commis contre l’Allemagne par la Correspondance de Genève. Deux mois après que Ketteler avait blâmé cette Correspondance, Pie IX écrivait à ses rédacteurs : « Vous pouvez convaincre de calomnie ceux qui osent vous reprocher un excès de zèle ou un hypercatholicisme. » Voyant dans les évêques, avec une certaine partialité de polémique, les membres d’un système hiérarchique dont le chef approuvait la Correspondance de Genève, Bismarck et ses publicistes persistaient à se servir de cette feuille pour contester le patriotisme de l’épiscopat. Et les évêques, qui n’auraient dû, en toute équité, être jugés que d’après leurs paroles et leurs actes, subissaient ainsi certaines solidarités onéreuses, où leur patriotisme même sentait un péril pour leur Église, et que la déférence pour le Saint-Siège leur défendait cependant de décliner trop hautement.

Bismarck, causant le 20 avril avec Auguste Reichensperger, se déchaînait contre eux, non moins que contre le Centre. « Il faut écarter de l’armée toute influence non allemande, lui disait-il ; si nous arrivions à une guerre, notre intérêt serait de marcher avec l’Italie, brouillée comme nous avec le Pape ; au confessionnal, une influence aurait facilement prise sur nos soldats. Vos évêques sont peu sûrs ; Ketteler correspond avec le Polonais Kozmian. L’intérêt ecclésiastique, voilà tout ce qu’ils envisagent. Je respecte toute foi, même la foi à cette chaise rouge ; mais je ne peux pas tolérer qu’une puissance ennemie s’organise, menaçante pour l’Allemagne. » Il y avait une nuance entre Falk et lui : Falk, planant dans l’abstraction, dénonçait l’ultramontanisme comme un concurrent de l’Etat ; Bismarck, l’œil fixé sur les réalités, essayait de le représenter comme un ennemi de la vie nationale. Recevant de Fulda un message où des libéraux le félicitaient de la loi scolaire, Bismarck s’amusait, dans sa réponse, à féliciter les habitans de Fulda, gardiens du tombeau de saint Boniface, d’avoir ainsi témoigné que l’Allemagne n’avait pas besoin de chercher hors de ses frontières les exécuteurs testamentaires de ce grand Allemand. Sous la plume fiévreuse du chancelier s’égaraient ainsi des bouts de phrase, desquels on aurait pu conclure qu’il caressait le rêve d’une Eglise nationale. En fait, sur l’issue de la crise, sur l’avenir du catholicisme allemand, ses pensées étaient plus bouillonnantes qu’arrêtées ; c’était une série de boutades dans lesquelles se déchargeaient ses haines, comme dans les éclairs l’orage se décharge. Des pèlerins