Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/719

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


hommes qu’elle met en scène sont, suivant ses besoins, de vils et de bas coquins. Elle en fait ce qu’elle veut, parce qu’elle les invente comme il les lui faut. Il n’en est pas tout à fait de même des hommes que M. Jaurès a visés. Nous savons bien que, dans sa générosité, il leur accorde des circonstances atténuantes ; il est même prêt à les excuser ; ce ne sont pas eux qui sont coupables ; le mal vient du régime dont ils sont le produit, régime de fer et de boue et qui ne peut pas être autre chose, puisque c’est le régime capitaliste. Ah ! quand le régime collectiviste lui aura succédé, tout changera comme par enchantement ! A la vérité, les présomptions sont graves ; elles le sont assez pour que le pays ait le droit de savoir toute la vérité et pour que la Chambre ait le devoir de la chercher et de la dire. L’enquête seule, etc., etc. — On voit le thème : inutile d’insister davantage.

M. le président du Conseil y a répondu par une phrase qui a fait grande impression et qui était, en effet, très bien venue : « Que M. Jaurès, a-t-il dit, soit un homme probe, qu’il soit un homme vertueux, c’est entendu ; qu’il le prouve à toute occasion en donnante chaque événement la grandeur, l’importance d’un scandale ; qu’il affirme, en en faisant bénéficier son parti, sa probité par ses révoltes, sa vertu par son indignation, c’est bien ; mais il faudrait tout de même que M. Jaurès voulût consentir à reconnaître qu’il n’a pas absorbé en sa personne toute la vertu, toute la probité qui sont dans l’univers, au point qu’il n’en reste plus maintenant une seule parcelle pour ses contemporains. » C’était faire justice avec esprit des prétentions de M. Jaurès, et c’était aussi bien poser la question. Il s’agissait, en effet, de savoir si les hommes que M. Jaurès avait incriminés avec tant d’amertume méritaient ses accusations. Toute leur vie, a déclaré M. Briand, proteste contre elles, car c’est une vie d’honneur, de probité et de courage. Lorsqu’on articule de pareils faits et qu’on en tire de pareilles conséquences, il faut des preuves : où sont celles de M. Jaurès ? Il n’en a donné aucune. Comme chef du gouvernement, M. Briand a déclaré couvrir tous ses agens jusqu’au jour, qui sans doute ne viendra jamais, où on apportera les preuves de leur félonie. M. Briand a parlé, en particulier, de M. Lépine comme tout le monde en parle à Paris, et il n’a pas hésité à dire que, si M. Jaurès en parlait autrement, c’est qu’il n’aimait pas la police et que, en ce moment surtout, il avait intérêt à l’attaquer : à quoi M. Jaurès n’a rien répondu. On a invoqué, il est vrai, l’immoralité certaine de Gaudrion et celle vraisemblable de Pichereau, et on a reproché, soit à la police, soit