Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/842

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apparaît le véritable motif de l’attitude des Afrikanders. L’hostilité à l’égard de la colonie belge est manifeste : il s’agit soit d’arriver à une annexion politique, soit tout au moins d’obtenir d’importans avantages commerciaux au Katanga ; mais ces avantages ou cette union, l’Afrique du Sud entend en garder le bénéfice pour elle, sans avoir à les partager avec l’Angleterre. Et aux excitations de M. Morel, elle répondrait volontiers elle aussi : « Africa fara dà se. » Le sentiment qu’éprouvent les Afrikanders du Sud ne peut mieux se comparer qu’à celui des Américains. Les Afrikanders ont naturalisé la doctrine de Monroë, et « l’Afrique aux Africains » est pour eux tout un programme dont l’article initial comportait la réunion de toutes les possessions britanniques de l’Afrique du Sud en une Fédération constituée aujourd’hui.

La première partie des vœux formulés par sir Lionel Phillips, dans le discours retentissant que nous citions plus haut, s’est trouvée ainsi réalisée ; l’unité de l’Afrique du Sud est faite. La seconde partie se vérifiera-t-elle à son tour, et les « voortrekkers » (pionniers) poursuivant, d’étape en étape, comme sous la poussée d’une loi sociologique, leur route vers le Nord, après l’Orange et le Vaal, s’efforceront-ils de pénétrer dans le Katanga ?

On comprend que ces éventualités préoccupent les milieux coloniaux belges et qu’ils suivent avec attention les bruits inquiétans qui leur viennent d’Afrique et d’Europe.


Par quelles raisons ou par quels prétextes, pourrait se justifier ou s’expliquer une intervention des grandes Puissances au Congo ? — Longtemps un argument a paru péremptoire : l’État du Congo ayant été créé par une convention internationale, la colonie belge reste dépendante des Puissances signataires de cet acte. — Ce raisonnement contient une erreur matérielle qui n’échappe point à la rigueur d’un syllogisme bien simple. La reconnaissance des Puissances est l’acte de baptême d’un État nouveau. On ne baptise point un enfant avant sa naissance, on ne reconnaît un Etat que s’il existe. Or, les États-Unis (22 avril 4884), l’Allemagne (8 novembre 1884), la Grande-Bretagne (16 décembre 1884), l’Italie (19 décembre 1884), l’Autriche-Hongrie (24 décembre 1884), les Pays-Bas (27 décembre 1884), l’Espagne (7 janvier 1885), la France et la Russie (5 février 1885), la Suède et la Norvège (10 février 1885), le Portugal (14 février 1885), le Danemark